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Des femmes qui ont décliné l’invitation de Béji Caïd Essebsi


14 Août 2016

Olfa Youssef, Sawsen Maalej, Aïda Arab, Chahrazade Akacha, Imène Boukhari et d’autres n’ont pas répondu à l’invitation de l’actuel président à l’occasion du soixantième anniversaire de l’adoption du Code du Statut Personnel. Une façon pour elles de dénoncer la politique de collaboration de BCE avec les Frères musulmans locaux.


De haut en bas et de gauche à droite, Olfa Youssef, Hajer Ben Cheikh Ahmed, Sana Ben Achour et Naziha Rejiba.
De haut en bas et de gauche à droite, Olfa Youssef, Hajer Ben Cheikh Ahmed, Sana Ben Achour et Naziha Rejiba.
Elles n’ont pas le même niveau intellectuel, ni les mêmes convictions politiques, ni la même conception du patriotisme, mais elles sont toutes d’accord sur un fait : Béji Caïd Essebsi a exploité la cause féministe et les idéaux bourguibistes pour se faire élire, avant de faire volte-face pour rallier l’islamisme et se mettre au service du polygame Rached Ghannouchi, celui qui honnissait le bourguibisme et dénonçait le mémorable Code du Statut Personnel (CSP) que le leader nationaliste et moderniste a su faire adopter dès 1956.

C’est précisément à l’occasion du soixantième anniversaire du CSP qu’une cérémonie a été organisée au Palais de Carthage, le vendredi 13 août, et qui a été suivie par quelques décorations attribuées à une douzaine de femmes « représentatives » du féminisme tunisien. Parmi ces douze élues décorées de la Légion d'honneur, l'historienne Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, ancienne journaliste recyclée à la FIDH.

Invitées par Béji Caïd Essebsi, qui a besoin de perpétuer le mythe du sauveur des acquis bourguibiens alors qu’il en est le principal fossoyeur, Olfa Youssef (universitaire et écrivaine), Sawsen Maalej (actrice), Aïda Arab (journaliste), Chahrazade Akacha (journaliste), Sana Ben Achour (activiste féministe), Hajer Ben Cheikh Ahmed (animatrice radio et blogueuse), Imène Boukhari et d’autres ont décidé de boycotter le cérémonial néo-beylical en signe de protestation de la politique collaborationniste de l’ex commandant en chef de Nidaa Tounès, devenu sergent en chef de Nidaa Ennahdha.

Brillante universitaire et connue pour ses positions invariablement anti-islamistes, Olfa Youssef a eu raison de décliner cette invitation par fidélité à ses convictions philosophiques et idéologiques. Idem pour les journalistes Sawsen Maalej, Chahrazade Akacha et Aïda Arab. Quant aux raisons de Sana Ben Achour et Hajer Ben Cheikh Ahmed, elles sont beaucoup plus publicitaires qu’authentiquement idéologiques. Et pour cause : en 2011, elles avaient célébré la « révolution du jasmin » et approuvé « l’islamisme modéré », qui serait typiquement tunisien et mériterait le nom de « mouvement conservateur » plutôt que celui d’islamo-fasciste.

Animatrice d’une radio possédée alors par l’une des filles du président Ben Ali, Hajer Ben Cheikh Ahmed était l’une des voix les plus douce de la « dictature féroce » comme certains l’appelaient. En janvier 2011, elle est devenue l’une des figures emblématiques de la révolution de la Brouette. Début juin 2015, alors que tout le monde connaît maintenant les objectifs islamo-atlantistes et néocolonialistes du « printemps arabe », Hajer Ben Cheikh Ahmed était à Paris à l’occasion d’un programme d’invitation de blogueuses, organisé chaque année par le Ministère des affaires étrangères pour rendre hommage aux hirondelles du « printemps arabe » et les encourager à continuer le combat pour la « démocratie » et les « droits de l’homme » !

Pour des raisons de santé, la vraie militante des droits de l’homme et femme politique tunisienne, Maya Jeribi, ne s’est pas rendue à la réception de Béji Caïd Essebsi. Oubliant de mentionner son nom dans son discours du vendredi, ce dernier s’est rendu aujourd’hui à son chevet, à son domicile à Radès.

Quant à Sihem Ben Sedrine, l’épicière des droits de l’homme, et à Naziha Rejiba, alias Oum Zied, l'unilingue au service des causes multilatérales, qui ont été toutes les deux et durant des années les principales propagandistes et esthéticiennes de l’islamisme tunisien, elles n’étaient pas invitées à la cérémonie du vendredi pour des raisons autres que l’anti-islamisme supposé de l’actuel locataire du Palais de Carthage !

Lilia Ben Rejeb  


           

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