Connectez-vous S'inscrire

 

Rejoignez TunisieSecret sur facebook

| TS Via TunisieSecret


Economie : 2017, années de tous les périls, par Mohamed Ayachi Ajroudi


29 Octobre 2015

Chiffres à l'appuis, l'auteur de cette analyse rétrospective et prospective revient sur l'état actuel de l'économie tunisienne, sur les principaux responsable de cette situation chaotique et, surtout sur ce qui attend les Tunisiens dans les mois qui viennent... si des mesures urgentes et audacieuses ne sont pas prises.


Economie : 2017, années de tous les périls, par Mohamed Ayachi Ajroudi
Nous avons des jours difficiles devant nous a déclaré le Président Béji Caid Essebsi parlant de la situation économique et financière du pays, une déclaration digne d’un Président responsable qui respecte son Peuple. Lors d’une conférence de presse, le ministre des Finances dira quelques jours plus tard que la tempête risque de se transformer en crise.

Ce qui vient d’être dit par le gouvernement actuel avec beaucoup de lucidité, ni les gouvernements de la troïka, ni celui de faux technocrates n’ont osé le dire au peuple. Et pourtant la crise couvait depuis longtemps et plus exactement depuis 2012. Plusieurs experts en économie et en finances ont à maintes reprises attiré l’attention de ces gouvernements sur le fait que le chemin emprunté sur le plan économique et financier n’était pas viable et qu’il menait le pays vers la dérive. Sur ce site et ailleurs, j’avais moi-même plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme. Un ministre des finances, Hassine Dimassi, dont la sensibilité sociale est connue de tous démissionnera de son poste en protestation à la dérive budgétaire encore à ses débuts. Ces gouvernements n’ont pas pris au sérieux ces alertes qui venaient de personnalités dont on ne peut douter de la compétence et du patriotisme.

Cependant force est de constater que la tendance de l’actuel ministre des finances de faire endosser la responsabilité de cette situation du moins en partie au groupe des G 8 qui n’a pas honoré ses engagements vis-à-vis de la Tunisie relève d’un faux diagnostic. L’embrasement de la situation économique et financière du pays relève d’abord d’une mauvaise gestion des affaires du pays durant les gouvernements de la troïka et du gouvernement dit de technocrates et du manque de professionnalisme de ces gouvernements. Certes, la situation sécuritaire du pays, les mouvements sociaux y sont pour quelques choses mais ces facteurs ont surtout pesé au cours de l’année 2015, alors que la situation économique et financière du pays portait déjà les signes d’une grave détérioration.

Les causes d’un embrasement

L’embrasement de la situation économique et financière remonte essentiellement aux années 2012-2014 et a pour origine les principaux facteurs suivants :
-Des recrutements massifs et injustifiés dans la Fonction Publique et les entreprises publiques et l’utilisation de ressources exceptionnelles et non renouvelables, en particulier les 5.8 milliards de dinars légués par Ben Ali  et les 1.2 milliard de dinars de recettes provenant des expropriations , pour couvrir des dépenses récurrentes et en particulier ces recrutements massifs en violation d’un principe élémentaire de la finance publique qui consiste à ne jamais financer des dépenses répétitives par des recettes non renouvelables.
-Une hausse vertigineuse de la masse salariale dans la fonction publique provenant d’engagements pris et non concrétisés durant les années 2012-2014 et également des augmentations de salaires décidées en 2015 et qui, bien que conçues par l’actuel gouvernement comme un investissement dans la paix sociale, auront un impact très important sur l’équilibre des finances publiques. Dans le projet de budget de 2016 les salaires représentent ni plus ni moins 70% des dépenses de fonctionnement et pas moins de 13.8% du PIB à supposer que la croissance escomptée pour 2016 ( 2.5% à prix constants et 7.9% à prix courants) se réalise effectivement ce qui est peu probable, auquel cas la part de la masse salariale dans le PIB serait de 14.5 % alors que la Directrice Générale du FMI considérait que le taux de 13% valable en 2015 était un des plus élevés du monde.
-Un blocage de la croissance économique dont la moyenne sur les 5 dernières années n’a pas dépassé 1.4 % encore cette croissance n’était pas pérenne et était porteuse de déséquilibres car essentiellement due aux secteurs non marchands et en particulier à la fonction publique suite aux recrutements massifs et aux augmentations de salaires dont l’impact financier net est comptabilisé en tant que valeur ajoutée .Des calculs montrent que cette croissance représente plus du tiers de la croissance générée au cours des cinq dernières années peut être même 40%, la croissance réelle des secteurs productif ne dépassant pas 0.9 à 1% en moyenne au cours des cinq dernières années, c'est-à-dire moins que la croissance démographique enregistrée par le pays ( 1.2 % par an ) et trop faible pour générer une augmentation conséquente des ressources fiscales ou des exportations du pays ce qui a fait perdre à ce dernier un de ses points forts , la stabilité de son cadre macro-économique et l’a plongé dans des déficits qu’il n’a jamais connus auparavant.
-le gel de l’activité de la plupart des entreprises expropriées, qui selon la Banque Mondiale représenteraient 40% du secteur privé et bien que ce chiffre ait été gonflé par celle-ci pour les besoins de la démonstration dont l’objectif est maintenant connu de tous, il n’en demeure pas moins que la non contribution de ces entreprises du secteur productif a généré au pays des moins values de valeur ajoutée énormes. Par ailleurs, le départ de plusieurs entreprises étrangères estimé par certaines sources à plus de cinq cents et le gel de l’activité de prés de 400 hommes d’affaires poursuivis par la justice pour des affaires le plus souvent futiles par des autorités incapables de discerner entre l’essentiel et l’accessoire ont contribué au marasme économique connu par le pays, certains de ces hommes d’affaires ayant quitté carrément le pays pour s’installer ailleurs.

Une politique économique faite d’improvisations

Bien évidemment la montée du terrorisme et en particulier les coups du Bardo et de Sousse qui ont surtout impacté les résultats de l’année 2015, la pression syndicale et sociale, les grèves et les sit in sont pour quelque chose dans le marasme économique du pays, mais ce dernier s’explique aussi par la politique économique et financière désastreuse menée par les gouvernements de la troïka et le gouvernement dit de technocrates, une politique faite d’attentisme, de calculs politiques, d’improvisations et d’atermoiements ; ainsi rien n’a été fait pour arrêter la détérioration des équilibres financiers du pays ou pour le dégel de l’activité des entreprises expropriées et leur intégration dans le circuit productif et encore moins pour veiller à la réalisation des quelques projets inscrits dans le budget au niveau des régions aussi minimes soient ils ou éviter la baisse six fois successive de la notation souveraine du pays ou le départ des entreprises étrangères.

Cédant aux solutions de facilité qui consistent à s’endetter tant que le taux de la dette héritée des années d’avant 2010 le permet, ou à utiliser les ressources laissées par l’ancien régime sans se soucier des règles élémentaires de la finance publique, la responsabilité des gouvernements qui se sont succédés entre 2012 et 2014 est entière dans la situation économique et financière catastrophique que vit le pays aujourd’hui. Des gouvernements qui ont fonctionné sans aucune vision macro-économique et dont la coordination économique est confiée à des personnes de second plan sans aucune références ni compétences en la matière. Même le gouvernement de Mehdi Jomaa n’a de technocrate que le nom.

Les chiffres sont aujourd’hui connus de tous et même consignés dans les documents officiels : une dette publique qui augmente en quatre ans (2011-2014) de 17 milliards de dinars après remboursement du service de cette dette, 5.8 milliards de dinars disponibles au début de 2011 et qui ont été utilisés avec une grande facilité pour couvrir des dépenses de fonctionnement sans aucune utilité pour le pays sans qu’en contrepartie de cela que la capacité productive du pays ni son infrastructure ne s’améliore ou ne soient au moins préservées.

Une loi des Finances 2016 acceptable mais insuffisante 

Les solutions ne manquaient pourtant pas, mais elles exigeaient de la clairvoyance et du professionnalisme et surtout le courage politique pour les mettre en ouvre ce qui a manqué jusqu’à présent. Certes le projet de loi des Finances 2016 reflète une volonté de s’attaquer à certaines questions de fonds : commerce parallèle, fiscalité, etc.

Cette loi demeure toutefois insuffisante à elle seule et elle ne peut avoir le plein effet escompté que si elle est accompagnée par un certain nombre de décisions aussi importantes sinon plus. Elle doit être accompagnée d’abord par la publication de certaines lois en suspens depuis plusieurs années dont le code des investissements et la loi sur le partenariat public privé et surtout la publication de la loi fondamentale sur la réconciliation économique et financière, condition sine qua non pour la reprise de l’activité économique, seul moyen de redresser l’équilibre des finances publiques.

Ce premier jet de réformes qui doit être la priorité des priorités de l’ARP avec l’objectif de le finaliser avant la fin du premier trimestre 2016, doit être immédiatement suivi par l’engagement d’un nouveau paquet de réformes destiné essentiellement à relancer l’investissement et l’entreprenariat et à rehausser l’image de marque de la Tunisie, en vue d’améliorer son raiting.

Nous avons tous applaudi lorsque le quartet a obtenu le prix Nobel de la paix, mais nous avons préféré que la Tunisie retrouve son « investment grade » cela aurait été autrement plus utile pour ce peuple. Nous devons tous travailler dans ce sens, nous n’avons pas le choix si on veut éviter au pays le scénario Grec. Nous n’avons plus beaucoup de temps car 2017 semble être, pour reprendre un statut publié par Taoufik Baccar, l’année de tous les risques.   

Mohamed Ayachi Ajroudi


           

Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Actualités | International | Culture | Vidéo | Dossiers | Archives | Editorial | Amérique | Interview | Opinion | Qui sommes-nous ? | Maxime du jour | Portrait | Le Must




Suivez-nous
Facebook
Twitter
Google+
YouTube





Galerie
Robert Menard
Pierre Delval Waito
Rached GHANNOUCHI et Mustapha Ben Jaafar
Hamadi Jebali, Hédi Baccouche, Mohamed Ghannouchi
Ali Bennour s'attaque au Qatar
Je suis Charlie

Inscription à la newsletter