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L’effondrement social et économique de la Tunisie continu, par Samir Mourali


4 Décembre 2014

A chaque fin d’année, institutions internationales et ONG publient leurs rapports sur l’état économique et social des différents pays du monde. Le classement de la Tunisie cette année confirme l’accélération de sa décadence depuis 2010.


La "révolution du jasmin" a encore plus appauvrie les pauvres et paupérisée la classe moyenne.
La "révolution du jasmin" a encore plus appauvrie les pauvres et paupérisée la classe moyenne.
La propagande pseudo-révolutionnaire, relayée par certains médias occidentaux avait écrit en 2011 que ce qui s’est passé en Tunisie était une révolution de la pauvreté et de la misère économique et sociale. C’est totalement faux : ce fut une révolte de la prospérité et de la croissance inéquitablement partagées entre les différentes couches sociales d’une part, et les différentes régions géographiques de l’autre.

Malgré la corruption et la prévarication des gendres de Ben Ali, l’économie tunisienne était relativement saine et elle se portait nettement mieux que les économies grecque, portugaise, polonaise, roumaine, irlandaise, espagnole, chypriote et italienne, pour ne prendre que des exemples européens. Trois plans de sauvetage à coups de milliards d’euros n’ont pas pu sauver l’économie grecque de la banqueroute. Jusqu’à ce jour, l’Espagne n’a pas réussie à enrayer les causes de la crise qui l’a frappé de plein fouet. Quant à la Roumanie, elle ne survie que grâce aux aides européennes. Il n’y a que l’Italie et l’Irlande qui ont pu redresser leurs situations catastrophiques de 2010.

Contrairement donc à la Grèce en 2010, la Tunisie n’était pas du tout un Etat en faillite. La corruption dans ce pays européen, ainsi qu’en Espagne et en Roumanie, dépassait de loin celle qui empoisonnait la vie économique tunisienne. Classé par la Banque mondiale et le FMI comme économie émergente, la Tunisie pouvait avoir un grand avenir, moyennant l’éradication impitoyable de la corruption, une révision intégrale du développement régional, une réforme structurelle de l’enseignement supérieur qui produisait des milliers de diplômés pour la plupart incompétents et ignorants, et un plan urgent de recrutement pour absorber ne serait-ce que 50% des 600000 chômeurs.

Quatre ans après la « révolution de la pauvreté », le pourcentage des pauvres a doublé, une large partie de la classe moyenne a dégringolé dans la précarité et le nombre de chômeurs a quasiment atteint 1 million, sur une population active de 4 millions. De toute son histoire, la Tunisie n’a jamais été autant endettée à l’égard de l’étranger. Son endettement aujourd’hui dépasse celui de l’Etat beylical à la veille de 1881 !  
   
Sur un total de 144 pays, la Tunisie figure en 87ème position du classement du Rapport de la compétitivité globale du Forum de Davos, présenté, le mercredi 3 septembre 2014, lors  d'une conférence de presse organisée par l'Institut Arabe des  Chefs d'Entreprises (IACE). Pour la première fois, la Tunisie se classe derrière le Maroc (72ème ) et derrière l’Algérie ( 79ème ). Le Rapport positionne la Tunisie à la 10ème place dans le  monde arabe et à la 3ème place au Maghreb. En Afrique où elle tenait le leadership jusqu’en 2009, la Tunisie est devancée par le Rwanda (62ème ) et le Botswana (74ème ) ! En 2010, le classement de la Tunisie était 32ème . En 2011, 40ème , mieux que certains pays européens et mieux que la Turquie, considérée par certains comme le bon modèle social et économique.  
Toujours d’après ce Rapport, la régression est similaire pour les facteurs économiques, à savoir l’épargne nationale (106ème, contre 38ème auparavant), l’inflation (108ème, 85ème), la politique agricole (105ème, 48ème), et les relations du travail (118ème, 32ème).

Le dernier Rapport Doing Business (2014), un groupe de la Banque Mondiale qui mesure la réglementation des affaires dans l’ensemble des pays, classe la Tunisie au 60ème rang, alors qu’elle occupait le 46ème rang en 2011, et le 40ème rang en 2010. Le Rapport 2014 de Doing Business classe la Roumanie au 48ème rang et le Rwanda au 46ème rang !

La régression de la Tunisie est également visible dans le Rapport sur l’Indice de Prospérité. De la 48ème place en 2010, la Tunisie tombe au 91ème rang. Elle n’est pas loin du Yémen (94ème ), du Tchad (92ème ) et de la Mauritanie (90ème ) !

En matière de corruption et de transparence, le classement de la Tunisie n'est guère plus réjouissant. Le Rapport 2014 de Transparency International classe la Tunisie au 97ème rang, alors qu’elle était 77ème en 2013, 75ème en 2012, 73ème en 2011, 59ème en 2010 et 53ème en 2009. En 2014, le Benin (80ème) fait mieux que la Tunisie de la troïka et des « technocrates » !

Si la Tunisie enregistrait une croissance constante de 3 à 5,6% sur les dix dernières années du règne de Ben Ali, et si l’économie tunisienne se portait bien avant la révolte sociale de décembre 2010, suivie par un coup d’Etat américain en janvier 2011, c’est principalement dû au volontarisme de son élite politique depuis l’époque de Hédi Nouira, à la compétence de ses cadres, ministres et directeurs, et à la compétitivité de ses chefs d’entreprises. Sans la corruption des Trabelsi, Chiboub, Matéri, Mabrouk et d’autres, la Tunisie aurait pu avoir une croissance à deux chiffres.

Si la Tunisie est tombée si bas en si peu de temps, si les acquis de plus d’un demi-siècle de dur labeur sont partis en fumée, c’est principalement dû à l’incompétence et à la corruption de la troïka, ainsi qu’à l’amateurisme et aux gesticulations des gouvernements dits de « technocrates ».

Depuis 2011, sur les 1320 grandes, moyennes et petites entreprises françaises implantées en Tunisie, 710 ont délocalisé au Maroc, et 380 sont retournées en France. Il ne reste plus qu’à peine 230 entreprises françaises. Selon les spécialistes, il faudrait au minimum 10 ans avant de retrouver la situation économique de 2010. C’est ainsi que les peuples ignorants et sans patriotisme détruisent leurs propres pays.

Selon le rapport 2008-2009 du Forum mondial de Davos sur la compétitivité, l'économie tunisienne était 1ère au Maghreb et en Afrique, 4ème dans le monde arabe et 35ème au niveau mondial. La Tunisie devançait le Bahreïn (37ème ), Oman (38ème ), la Jordanie (48ème ), le Maroc (73ème ), l'Algérie (99ème ), l'Egypte (81ème ), la Libye (91ème ) et la Syrie (78ème ). La Tunisie faisait mieux que certains pays de la zone euros, comme le Portugal (43ème ), l'Italie (49ème ) et la Grèce (67ème ). Notre pays était classé 27ème pour l'enseignement primaire et la santé, 27ème pour l'enseignement supérieur et la formation, et 30ème pour l'efficience du marché des biens. Pour la sophistication des affaires, notre pays était classé 2ème en Afrique, juste après l'Afrique du Sud, 3ème dans le monde arabe après les Emirats Arabes Unies et le Kuwait, et 40ème au niveau mondial.

Pour ceux qui considèrent que les Trabelsi n'ont pas acheté Davos et corrompu ses commissaires pour falsifier le rapport 2008-2009, une question doit traverser leur esprit : comment un pays sans pétrole et sans gaz a t-il pu réaliser de telles performances ? Comment a t-il pu résister à la crise économique ?


Samir Mourali  

Liens utiles :
http://www.transparency.org/cpi2014/results
http://www.weforum.org/
http://francais.doingbusiness.org/rankings
    


           

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