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Nidaa Tounes menacé d’implosion


10 Mai 2014

C’est la guerre des communiqués entre les éléphants de Nidaa Tounes. Une guerre à la fois de personnes, de clans, de choix politiques et d’intérêts personnels, avec comme arrière fond l’enjeu capital de la succession. Ce conflit clanique peut tourner à la scission politique et même à l’implosion, ce qui serait du pain béni pour Rached Ghannouchi, Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaafar et Ahmed Néjib Chebbi, sans parler des autres politiciens mineurs.


L'avenir n'est pas dans la ressemblance de Nidaa Tounes au RCD, mais dans l'identification de Béji Caïd Essebsi par rapport à Bourguiba.
L'avenir n'est pas dans la ressemblance de Nidaa Tounes au RCD, mais dans l'identification de Béji Caïd Essebsi par rapport à Bourguiba.
Nidaa Tounes, ce rassemblement idéologiquement hétéroclite, a été et reste encore à ce jour un grand espoir pour beaucoup de Tunisiens de relever leur pays, après avoir participé à son avilissement. C’est surtout le seul parti politique capable de tenir tête à Ennahda, et probablement de battre électoralement les islamistes et leurs différents et interchangeables séides. L’atout majeur de Nidaa Tounes est sa capacité à rassembler en son sein différents courants, des destouriens à l’extrême gauche, en passant par des syndicalistes, des libéraux et même des panarabes. Mais ce côté hétéroclite est aussi son Talon d’Achille !

Le grand élan fédérateur qui a porté Nidaa Tounes au devant de la scène politique tunisienne risque, en effet, de virer à la discorde, voir un cataclysme, à cause d’une crise de croissance doublée d’une autre crise ayant trait à son identité même, et qui a fini par installer une cacophonie dans la définition des rôles de ses différentes structures.

Autant ce parti politique, porteur d'espoirs d’une bonne partie des tunisiens, trouve sa réussite dans le rééquilibrage des rapports de forces héritées de la mascarade électorale du 23 octobre 2011, autant il peine à réussir dans sa stratégie des équilibres internes. Equilibre entre courants idéologiques, entre cadres, entre prétendants à la succession et même entre régions, auxquels s’ajoute l’équilibre entre les hommes d’affaires qui financent Nidaa Tounes.
 
Malgré la personnalité charismatique de Béji Caïd Essebsi, qui a réussi jusqu’à présent à maintenir une certaine cohérence, unité et discipline parmi les différents clans, cette situation de déséquilibre inhérent, ou d’équilibre forcé, n’est plus tenable et si elle atteint son paroxysme, elle pourrait provoquer une scission dont Nidaa Tounes serait le premier perdant et dont l’impact négatif pèsera même sur l’avenir immédiat du pays.

Cette situation a de toute façon trop duré, sans avoir eu de solution, surtout au sujet des conflits qui ont émergé chez les militants à l’étranger et également au niveau régional, à cause des limites des politiques engagées par les responsables de la structuration du parti, de quoi susciter des désenchantements et alimenter des divisions, des démobilisations et pis encore, des différents au sein des structures dirigeantes.

Cette situation occultée ou pudiquement voilée, a fini par se refléter à travers le communiqué du jeudi 8 mai 2014, relatif à la réunion du comité des fondateurs. Certaines voix se sont exprimées contre le fait que le communiqué en question ne relatait pas, dans sa formulation très ambiguë et controversée ainsi que dans sa finalité intrinsèque, l’accord entre les membres fondateurs. Ces derniers ont notamment émis des réserves quand à la légitimité de la signature de ce communiqué et de sa publication par le vice-président, qui n’est pas un membre fondateur !

Plus troublant encore, et selon des sources internes à Nidaa Tounes, le président, Béji Caïd Essebsi, le secrétaire général, Taïeb Baccouche, et le directeur exécutif, Ridha Belhadj, ont dû quitter la réunion avant la rédaction du dit communiqué. Taïeb Baccouche, a même exprimé son étonnement et sa désapprobation concernant le dernier communiqué du parti, au sujet des mesures prises dans la restructuration de Nidaa Tounes. Dans sa déclaration à Mosaïque Fm datée du 9 mai 2014, il a déclaré qu'il « ne pensait pas que Béji Caïd Essebsi, président du parti, ait signé le communiqué avec une formulation pareille ». Ce à quoi Lazhar Akremi a répliqué sur Mosaïque Fm, le même jour, que le parti est bel et bien « la source du communiqué du 8 mai 2014 », et que Béji Caïd Essebsi est au courant de tout ce qui y a été publié. M.Akremi a en outre rapporté les détails de la réunion du comité fondateur de Nidaa Tounes en indiquant que « M. Baccouche a quitté la salle avant la fin de la réunion parce qu’il avait une autre obligation. Au passage au vote, la majorité des présents a voté oui, le texte du communiqué a été adopté  par la majorité du comité». Et d’ajouter : « Ce n’est pas parce que Taïeb Baccouche n’était pas présent au moment du vote qu’il faudrait renoncer au communiqué. Sa voix compte comme toutes les autres même si M. Baccouche occupe le poste de secrétaire général ». Et pour ajouter à la cacophonie une touche de suspicion pécuniaire et régionaliste, Noureddine Ben Ticha a déclaré de son côté, toujours sur Mosaïque Fm, que « C’est l’argent pourri qui est derrière les dissensions de Nidaa Tounes » ! Allusion sans doute au conflit mortel qui oppose Kamel Eltaïef et Chafik Jarraya.   
 
On doit rappeler que dans ce communiqué rendu public le jeudi 8 mai 2014, le parti Nidaa Tounes a annoncé que son comité constitutif s’est réuni sous la présidence de Béji Caïd Essebsi pour examiner les activités du mouvement et, après concertations et délibérations, il a décidé la formation d’une commission chargée de promouvoir la structure organisationnelle et procédurale du parti avant de soumettre les résultats de ses travaux aux instances dirigeantes.

D’autre part, soucieux de mieux encadrer les structures du parti, le comité constitutif a décidé un ensemble de mesures, dont notamment :

- La séparation entre le volet administratif et celui du suivi politique à propos de la structuration régionale et locale,
- La création d’un département spécialisé dans le suivi des aspects administratifs et organisationnels des structures régionales, présidé par Hafedh Caïd Essebsi,
- La création d’une commission de suivi et de coordination présidée par le président du parti ou le vice-président,
- La convocation du Bureau exécutif à se réunir le dimanche 18 mai 2014 en présence des coordinateurs régionaux.

Certains observateurs, y compris des responsables de Nidaa Tounes, ont été contrarié par le fait que ce communiqué est resté muet sur la campagne de lynchage médiatique dont ont été victimes certains membres fondateurs et dirigeants du parti, mais aussi sur les intimidations qui ont visé le militant du parti socialiste et d’El-Massar, parti membre de l’Union pour la Tunisie, Khaled Abichou, à la suite de la rencontre-débat  avec le député de l’ANC, Selim Ben Abdessalem, qui a engendré plusieurs réactions d’indignation par l’ensemble des composantes de la société civile tunisiennes de l’immigration en France, de quoi pousser certaines franges à l’intérieur du Nidaa Tounes à aller de l’avant en intensifiant ces pratiques intimidantes héritées du RCD ! 

Selon certains cadres de Nidaa Tounes, le comble du paradoxe est que le « parrain » de cette campagne, qui a intégré les milieux du Nidaa Tounes tout récemment, est suspecté d’avoir organisé, à travers certains médias à sa solde, des campagnes similaires, il y a quelques temps, pas seulement contre la figure "intouchable" de Béji Caïd Essebsi, mais aussi contre un certain nombre de dirigeants de premier rang, notamment, Mondher Belhadj Ali, Mohsen Marzouk, Faouzi Elloumi, Abdelmajid Sahraoui et Bochra Belhadj Hmida.

L’autre mystification -toujours selon certains cadres de Nidaa Tounes- qui a été érigée en dogme médiatique, est le supposé fossé qui sépare les destouriens et les non-destouriens, ou l’aile destourienne et la queue gauchiste, un fossé qui s’est avéré fantasmagorique et, pour certains, mensonger,  n’ayant en tout cas jamais été de l’importance qu’on lui prête. Nombre de compétences, émanant d’horizons idéologiques et politiques divers, destouriens compris, auraient, en effet, constaté la non véracité de cette confrontation supposée. Tout comme d’ailleurs l’antagonisme régionaliste entre Tunisois, Sfaxiens et Sahéliens, sur lequel entendent jouer certains médiocres, faute d'apporter à l'édifice leur pierre intellectuelle ou politique, dans le sens le plus noble du terme.

A l’origine des dissensions de Nidaa Tounes, qui peuvent être vertueuses tant qu’elles sont cantonnées dans les limites de « l’unité dans la diversité », mais qui peuvent vite dégénérer en affrontement fragilisant l’ensemble de l’édifice, il y a deux principaux facteurs, qui sont d’ailleurs intimement liés : la nature structurelle de Nidaa Tounes, à savoir son côté idéologiquement hétéroclite, et la personnalisation outrancière dont le centre de gravité reste la figure du chef charismatique et rassembleur : Béji Caïd Essebsi.

Nidaa Tounes se trouve par ailleurs victime de sa jeunesse et de sa croissance déséquilibrée, qui n’a pas abouti à l’instauration d’un mode de fonctionnement et de pratiques assurant un minimum de débat démocratique au sein du parti, basé sur l’unité et la solidarité dans la diversité, sur le pluralisme d’opinions et également sur la cohésion, qui est garante de sa pérennité et de sa puissance, à laquelle croient beaucoup de Tunisiens. Toute autre dérive populiste, démagogique et hégémonique, ou sectaire, clanique et régionaliste, concoure à l’éclatement de ce parti et, par conséquent, à l’évaporation de tous les espoirs de renaissance tunisienne, dont il est à la fois porteur et catalyseur.

Tant que Béji Caïd Essebsi tient fermement la barre, Nidaa Tounes sera à l’abri de l’implosion que certains espèrent et que beaucoup redoutent. La question qui occupe et préoccupe est donc la fermeté et la longévité de celui qui tient la barre. Un chef, un vrai chef, ne doit pas être excessivement démocrate, ni absolument autocrate. En politique, comme en biologie, tout est question de dosage et de discernement. C'est que les militants et les électeurs potentiels de Nidaa Tounes n'attendent pas de ce parti qu'il soit une copie revue, corrigée et améliorée de l'ex RCD, mais que son chef, Béji Caïd Essebsi soit une copie conforme de l'inégalable Bourguiba.

Dans l'euphorie pseudo-révolutionnaire et l'hystérie du "Peuple veut", aveuglé surtout par l'envie irresistible et néanmoins légitime d'occuper le palais de Carthage, Béji Caïd Essebsi a commis une faute stratégique majeure, doublée d'un injustice morale criante: jeter en prison des ministres, de hauts cadres de l'Etat et des chefs d'entreprises, sous l'accusation populiste d'avoir été au service de l'ancien régime. Malgré les rancoeurs et les blessures narcissiques, il faudrait songer aujourd'hui à ramener toutes ces compétences au bercail, ce qui dégagerait Nidaa Tounes de l'antagonisme stéril et suicidaire entre gauchisme infantiliste et destourisme réactionnaire.        

Tous les protagonistes doivent réaliser que l’enjeu crucial c’est de gagner les prochaines élections en balayant les sangsues de l’ANC et les Hilaliens de la troïka ; et le défi majeur, c’est de conserver la cohérence interne de Nidaa Tounes et d’en préserver la fragile unité...jusqu'aux élections.

Mezri Haddad   


           


1.Posté par Sadok Limam le 10/05/2014 18:16
Excellente analyse. Merci monsieur Mezri d'éclairer nos lanternes.

2.Posté par Lamia Arbaoui le 10/05/2014 18:18
Je suis tout à fait d'accord avec vous Si Hadad, sauf une question. Pourquoi vous ne donnez pas l'exemple en adhérant à Nida Tounis?

3.Posté par Mustapha Stambouli le 10/05/2014 23:02
Nidaa tounès doit-il se dissoudre à la Tchécoslovaquie ?
10 mai 2014, 21:48
Les deux principaux pôles de Nidaa Tounès (les Hachado-bourguibistres et les Beyistes) doivent se quitter maintenant à la manière de la dissolution de la Tchécoslovaquie pour donner deux grands partis-amis pouvant réaliser des ententes électorales et pourquoi pas une gestion commune du pays.

Ne rien faire aujourd’hui, alors que le parti de Nidaa Tounès vit une ambiance de « guerre civile » pouvant « somaliser » ce mouvement. BCE préfère récupérer les RCDistes et se débarrasser de son aile gauche pour ouvrir des horizons de collaboration avec les islamistes.

Nidaa Tounès doit se dissoudre au profit de la création de deux partis politiques : le premier : un rcd renové, le second serait formé par l’aile progressiste de Nidaa tounès et les partis formant l’Union pour la Tunisie avec possibilité d’intégrer le Front populaire. Deux grands partis : un conservateur et un de type social démocrate.

Mustapha STAMBOULI

4.Posté par Abdellatif Ellouze le 11/05/2014 13:24
Attention!! L'éclatement ou l'affaiblissement de Nida Tounès ne peut que renforcer la monté de l’extrême gauche, des populistes, des ISLAMISTES et autres partis toxiques. Ce malheureux scénario tirerait davantage le pays vers le bas.
Bref, Nida Tounès est le seul parti qui incarne l'espoir pour ce peuple malmené depuis le 23 oct. 2014.

5.Posté par ODIN le 12/05/2014 01:19
Cher monsieur,
Vos islamistes on n'en veut pas.Nous vous en faisons cadeau.
Vos propositions me font penser à un Charcutier !

6.Posté par Seifallah Mohsen le 13/05/2014 12:03
La crise que traverse Nidaa Tounès a tout l'air d'une bataille d'egos et confirme que pour la plupart des protagonistes, le moteur principal de leur investissement en politique est moins le souci de l'intérêt général que la satisfaction de leurs ambitions personnelles. Les communiqués contradictoires de ces derniers jours et les volte-face des uns et des autres témoignent moins d'une adhésion à une vision sur la conduite de ce rassemblement, voire à un projet d'avenir pour la Tunisie, que de la volonté de chacun des suiveurs de se placer en fonction des perspectives de carrières politiques avec pour toile de fond les élections nationales. Quoi qu'il en soit, Nidaa Tounès n'a pas encore trouvé une ligne fédératrice et il lui faut sans plus tarder mettre en place une hiérarchie des cadres. Aussi le congrès s'impose-t-il plus que jamais pour mettre de l'ordre dans la maison et retrouver une nouvelle légitimité. Faute de quoi le camp des déçus, qu'il conviendrait de ne pas mésestimer, aura du mal à entrer dans le rang après les affrontements de ces derniers jours.

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