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Tunisie : L’appel pathétique d’intellectuels organiques


22 Novembre 2013

Leur pétition a été publiée par Le Maghreb le 16 novembre dernier. Par sa platitude et son extrême correction, elle ressemble fort bien aux pétitions sous l’ancien régime. Et pour cause : ces pétitionnaires n’ont jamais brillé par leur audace sous le régime de Ben Ali. C’est ce que Gramsci appelle des « intellectuels organiques ». Il ne leur manquait que le juriste Yadh Ben Achour, qui, avec Sadok Belaïd, est le fossoyeur de la constitution tunisienne et l’un des recycleurs de l’islamisme « modéré ». Aussi bien le ton que le contenu de cet appel ne sont guère à la mesure du désastre politique, social, sécuritaire et économique du pays. Ils n'appellent pas à la dissolution d'une ANC illégale et illègitime depuis le 23 octobre 2012, mais à la "poursuite du dialogue nationale". De la part de Fadhel Moussa, Abdelmajid Charfi, Habib Kazdaghli et Hammadi Jaballah, on s’attendait à une condamnation ferme des mafieux et des théocrates qui ont usurpé le pouvoir et qui, en moins de trois ans, ont détruit les acquis de 57 ans d’indépendance. Nos intellectuels organiques devraient s'inspirer de leurs collègues égyptiens qui, en un mois, ont réussi à "dégager" la canaille islamiste et sans la mobilisation desquels le général Al-Sissi n'aurait jamais pu stopper la destruction de l'Egypte. Voici la version française de leur pétition, traduite par notre confrère Hafawa Rebhi, de L’Economiste Maghrébin.


Tunisie : L’appel pathétique d’intellectuels organiques
Le 5 octobre 2013, le palais des congrès a accueilli, en présence de média nationaux et internationaux, une procession solennelle durant laquelle les chefs des vingt et un parti politiques ont signé une déclaration formelle intitulée « la feuille de route». Considéré comme le début de la troisième  » transition  » après la révolution, cet événement a suscité chez les Tunisiens un grand espoir. Un espoir d’atteindre enfin la stabilité politique tant espérée et d’établir un régime constitutionnel et démocratique solide.
 
Ce qui distingue cette phase des phases précédentes, c’est que tout le monde s’est accordé à ce qu’elle soit encadrée par le « quartet parrain du dialogue national ». Il a également été convenu que ce dialogue national se traduise par une feuille de route bien précise et que le consensus national soit le principe préliminaire à toutes les décisions qui seraient par la suite prises.
 
Mais, en dépit de tous les compromis et bien que tout le monde soit convaincu que  le dialogue national est le meilleur moyen de sortir le pays de la crise actuelle et protéger la Nation contre les troubles et le chaos, les professeurs signataires de cet «appel» expriment leur profonde déception face à l’émergence d’un grand nombre d’obstacles. Des obstacles montés qui émanent principalement des calculs partisans et des tractations politiques qui ne font que reporter, d’une façon exorbitante, la date de délivrance vers l’ère de la sécurité et de la prospérité. L’incapacité de toutes les parties politiques de se concorder autour de la personne du prochain chef du gouvernement provisoire et les multiples manœuvres  au sein de l’ANC en sont des preuves.
 
Les signataires de cet «appel» considèrent malheureusement que tous ces agissements et manœuvres sont des aventures téméraires qui n’aident point à atteindre les objectifs du «dialogue national», ni ne contribuent à l’activation de la «feuille de route». Ces manœuvres qui ne contribuent qu’à approfondir la dislocation politique du pays pourraient, de surcroît, déprimer et frustrer les gens et les  lasser de la politique et de ses symboles. Plusieurs citoyens, et notamment les jeunes, seront répugnés par les affaires politiques et indifférents face aux échéances électorales importantes qu’attend le pays.
 
Pour toutes ces raisons importantes et graves, les signataires de cet «  appel » portent les parties à l’origine de ce trébuchement grave du processus national et d’aggravation critique de la situation générale du pays comme responsables devant tout le peuple. Les signataires estiment ainsi qu’il est de leur devoir patriotique de tirer la sonnette d’alarme et d’attirer l’attention de tous les citoyens sur ces principes :

· Les principes de la révolution et qui servent de base pour le vrai système démocratique, et surtout dans ce contexte critique actuel, imposent à tous les acteurs politiques et gouvernementaux de ne pas se soustraire de leur responsabilité politique.
· La sortie de la crise actuelle incombe certes à tous les partis politiques qui devraient faire preuve de crédibilité, de sincérité et qui devraient fournir plus d’efforts pour assurer la réussite du «dialogue national». Mais la société civile, les jeunes en particulier, est appelée à enrôler toutes ses forces afin de soutenir le «dialogue national» et à promouvoir ses objectifs. Toutes les énergies doivent être mobilisées pour soutenir « la feuille de route » et assurer toutes les conditions requises à son aboutissement.

Compte tenu de tout ce qui a été mentionné, les signataires de cet appel, sont certains que le peuple tunisien sait qu’il tient son sort entre ses mains, et qu’il n’est sous la tutelle de personne. La réalisation de son destin est tributaire de sa vigilance. C’est que l’aboutissement du « dialogue national » dépend de la vigilance de la société civile entière face à ces défis grandioses et décisifs auxquels la Tunisie est confrontée.
          
Signataires :
 
Mustapha Filali, Sadok Belaïd, Abdelmajid Charfi, Habib Kazdaghli, Mohamed Salah Ben Aissa, Fadhel Moussa, Hammadi Jaballah, Taoufik Bouderbala.


           

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