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Tunisie : droit d’inventaire après quatre ans d’amateurisme et d’imposture


12 Octobre 2014

C’est un bilan accablant que dresse Mohamed Ayachi Ajroudi des quatre années écoulées. Plutôt que de poursuivre la construction d’un édifice qui avait des fondations solides, les gouvernements successifs ont démoli en moins de quatre ans les acquis d’un demi-siècle d’indépendance et de développement. Pis encore, par leur incompétence et leur cupidité, les nouveaux prétendants à la magistrature suprême ont transformé un beau rêve en horizon cauchemardesque. C’est un discours vrai qui tranche avec le populisme ambiant et le mensonge généralisée d’une classe politique dont la majorité est obnubilée par le pouvoir et dépourvue de patriotisme.


Mohamed Ayachi Ajroudi, lorsqu'on cesse de croire et de rêver, on cesse d'exister.
Mohamed Ayachi Ajroudi, lorsqu'on cesse de croire et de rêver, on cesse d'exister.
Je remercie Dieu qui m'a tout donné de même que ma mère si généreuse et mon père qui nous a quitté trop tôt. Grace a eux j'ai le bonheur d'apprécier toutes choses aussi simples soient elles. Avec l'éducation et l'Amour reçu notamment celui de notre terre et nos traditions. Par nature je suis positif et plein d'espoir en l'homme et la vie en général. J’ai crée un parti pour comprendre le système, j’ai participé au dialogue national, j’étais parmi ceux qui ont soutenu le gouvernement de technocrates. Aujourd’hui, rétrospectivement, je suis très déçu des résultats et trop inquiet pour l’avenir de la Tunisie.

Un pays dans le coma

Hélas actuellement, comme beaucoup de mes compatriotes, je suis affligé de voir le pays abusé par des politiciens généralement cupides, souvent incompétents, assoiffés de pouvoir, le tout aggravé par l'orgueil et l'absence de patriotisme. De nombreux candidats postulent aux législatives et aux présidentielles. Sont- ils vraiment conscients des défis à relever et sont-ils en parfaite connaissance de la réelle situation économique du pays? Je déplore de n’avoir entendu d’aucun d’eux un programme économique fiable et réaliste, sauf des discours et des promesses sans fondement qui n’engagent que ceux qui les croient. Quasiment tous oublient ou feignent d'ignorer que c'est l'économique qui détermine à la fois le social et le politique. 

Alors que la presse est normalement destinée à informer avec rigueur et justesse et analyser sainement les événements, il est navrant de constater que désormais certains journalistes utilisent leur statut pour manipuler les esprits des citoyens à des fins bassement politiciennes. Par ailleurs le gouvernement impose la fermeture des médias non-soumis pour étouffer l’expression de la démocratie et museler la voix du peuple.

Ce cocktail détonnant induit de la corruption et du terrorisme, qui isolent la Tunisie du reste du monde, les investisseurs, et visiteurs effrayés fuient vers d'autres horizons, par crainte. Cette situation plonge notre pays dans une crise économique très grave, à un stade LIMITE DU COMA.

L’isolement ajouté a la mauvaise gestion, nous ont fait perdre notre indépendance politique et financière. Nous sommes désormais cautionnés pour toutes décisions et emprunts par le Japon et les USA, à leurs têtes le FMI.

Le tableau comparatif suivant atteste l’ampleur de la régression qu’a connue la Tunisie sur le double plan économique et social :

 

 

Moyenne 2007/2010

Moyenne 2011/2014

Taux de croissance économique               

4%

                     1,5%

Taux de croissance  par tête d’habitant    

2,8%

                     0,2%

Inflation                                                  

3,5%

                      5%

 
Coup d’Etat ou révolution ?

Du 14 janvier 2011 jusqu’à maintenant le peuple s'interroge : que s’est-il donc passé ? Etait-ce un coup d'Etat ou une révolution de la jeunesse ? Qu’est devenue cette jeunesse qui en est à l’origine ? Certains sont morts, d'autres restent invalides, et jusqu'à ce jour personne ne s'occupe d'eux. Y aurait- il une troisième hypothèse, puisqu’aucune des deux premières n'a bénéficié des événements ?

On constate seulement que  désormais le pouvoir est acquis par des éléments extérieurs. Qui a donc bien pu surfer sur ces deux vagues et qui a pu entrainer notre pays dans une telle dégradation et vers un imminent COMA économique, politique, social et sécuritaire ? Apres bientôt quatre ans, rares sont les personnes qui connaissent la réponse. Mais tôt ou tard, les Tunisiens découvriront toute la vérité.

Les événements du 14 Janvier 2011ont offert à la Tunisie une formidable chance de se redresser et à son économie la possibilité d’accéder à un nouveau palier de développement ; la situation exigeait que l’Etat procède à un audit aussi exhaustif qu’objectif de la situation économique et qu’il emprunte  la voie de la sagesse, celle de  bâtir sur les points de force et les acquis réalisés par le pays cinquante années durant et de lever, à la lumière des résultats de cet audit, les goulots d’étranglement qui obéraient la croissance et le développement du pays.

Il était évident pour tous, qu’une démocratisation de la vie politique ainsi qu’une meilleure gouvernance à tous les niveaux, et en particulier au niveau de la sphère économique, étaient à même de donner un grand coup d’accélérateur à l’initiative privée et de porter l’investissement tant  national qu’étranger au niveau requis pour répondre à une demande additionnelle d’emplois en perpétuelle augmentation et dont la physionomie a complètement changé avec notamment l’arrivée massive sur le marché de l’emploi des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. 

Plutôt que de réformer, ils ont détruit

Bien argumentée une « telle feuille de route » aurait recueilli l’adhésion des différents opérateurs économiques et de la population toute entière qui a fait de l’emploi et du développement régional  son credo essentiel, ainsi  que l’appui des milieux internationaux et particulièrement des organisations financières internationales et des pays, qui  de tout temps, ont soutenu le développement de la Tunisie. Cette démarche aurait également rendu plus facile la mise en œuvre des réformes requises pour répondre aux aspirations populaires suscitées par les événements de 2011.

Près de quatre ans après les événements du 14 Janvier 2011, les réformes nécessaires pour répondre aux objectifs qui étaient à l’origine de ces événements, à savoir l’emploi, l’amélioration du niveau de vie et le développement régional, n’ont pas été mises en œuvre ; bien plus, la Tunisie a perdu les points de force sur lesquels elle pouvait bâtir, à savoir les équilibres macroéconomiques, la capacité d’entreprendre de ses hommes d’affaires, la confiance des opérateurs nationaux et étrangers.

Elle a surtout perdu la stabilité, la sécurité et la sérénité qui ont toujours été les atouts sur lesquels la Tunisie a forgé sa réputation. Depuis 2010, la Tunisie a connu deux assassinats politiques, 186 immolations par le feu et 16 jours de deuil national suite au décès de dizaine de soldats et agents de la sécurité au djebel Chaambi et ailleurs. Un bilan qui atteste de l’ampleur de l’instabilité, de l’insécurité et des perturbations que connait le pays ces dernières années.

La croissance potentielle après cette période d’instabilité et de désinvestissement et de baisse de l’épargne est tombée de plus d’un point et demi pour se situer au mieux à 3%, niveau bien en deçà de ce qui est requis pour s’attaquer efficacement aux problèmes de chômage et de pauvreté et à la marginalisation des régions de l’intérieur. L’inflation élevée, que la Tunisie n’a pas connue depuis des lustres, a abouti à un plus grand appauvrissement de la population et à la contraction de la classe moyenne ; de même que la faible croissance a abouti au maintien du chômage à un niveau trop élevé.
 

La situation financière du pays s’est  gravement détériorée comme il apparaît dans le tableau suivant:

 

                                                           

2010

2014

Réserves en devises

-En nombre de jours

d’importation                                                               

-En montant                                                 

 

147 jours

 

13003MD

 

110 jours

         12624MD(1)

Déficit budgétaire                                                    

-En montant (Millions de dinars)                                   -En % de PIB                                                 

 

675MD

1.1% du PIB

 

4850MD

6% du PIB

Déficit courant de la balance des paiements

-En montant (Millions de dinars)               

-En % du PNB

                         3010MD

4.7% du PNB

 

6500 MD

8% du PNB

Dette publique                                                  

-Dette totale (Millions de dinars)                                 

-Dette/habitant (en dinars)                           

 

25640MD

2450 DT

 

41754MD

3800 DT

Dette extérieure

-dette extérieure totale                                                

-Dette extérieure /habitant                           

 

23582MD

2240 DT

 

38100MD

3450DT

Budget de l’état                                      

18 Milliards de dinars

28 Milliards de dinars

Budget d’équipement                          

4.5 Milliards de dinars       

Soit 25% du budget

5.6 Milliards de dinars 

Soit 20% du budget(2)

Masse salariale dans l’administration  

6.8 Milliards de dinars

10.5 Milliards de dinars

Compensation                                       

1.5 Milliards de dinars

4.3 Milliards de dinars

 

(1) Compte tenu d’un endettement extérieur supplémentaire entre 2010 et 2014 de 15000 MD

(2) Données prévisionnelles : le taux était de 17% 2013


Régression vertigineuse auprès des instances financières

La dette extérieure par habitant a atteint 3450 Dinars en 2014 contre 2240 Dinars en 2010, soit une augmentation de 54%, et la part réservée aux dépenses d’investissement ne représentait plus que 17% du total du budget de l’Etat contre 25% en 2010, signe que les gouvernements successifs et particulièrement depuis le gouvernement de BCE n’ont accordé aucun intérêt à l’avenir du pays et à sa jeunesse.

Quant à son positionnement sur le plan international, la Tunisie a perdu toute possibilité d’accès au marché financier international sans la garantie d’un grand pays et a du recourir pour la première fois depuis le milieu des années quatre vingt au soutien financier du fonds monétaire international. La plus prestigieuse agence de notation Standard and Poors a dégradé à six reprises le rating de la Tunisie depuis les événements de Janvier 2011 pour le ramener de BBB à B flat avec des perspectives négatives ; sa décision de ne plus noter la Tunisie suite à la demande de la Banque Centrale a eu des conséquences néfastes pour l’image de la Tunisie. Par ailleurs la sévère dégradation de la Tunisie par le rapport de Davos (2013) de la 40ème place à la 87ème place traduit clairement le net recul de l’audience de la Tunisie dans les milieux économiques et financiers internationaux et les risques qu’elle encourt si la situation perdure.

En ces jours décisifs de campagne électorale dont l’issue va déterminer l’avenir de la Tunisie pour les trente années qui viennent, ayant choisi de ne pas associer mon nom à l’interminable liste des galopeurs à la présidence, je m'adresse à tous mes compatriotes tunisiens pour leur dire que le pays va à la ruine et que, main dans la main, il faut s'unir pour sauver notre « Tunisie martyre », comme l’écrivait déjà Abdelaziz Thâalbi, voilà près d’un siècle. Je leur dis que lorsqu'un peuple cesse de croire et de rêver, il cesse d'exister.
  
Mohamed Ayachi AJROUDI, président-fondateur du « Mouvement du Tunisien pour la Liberté et la Dignité ».



           


1.Posté par charfi le 12/10/2014 19:33
Bonne analyse .Mais vous avez esquiver de parler de la grève généralement décidée à 2 reprises par l'UGTT dans un but politique et les innombrables grèves sectorielles qui ont détruit l'économie

2.Posté par Nejib Temimi le 12/10/2014 21:23
Merci à Monsieur Ajroudi pour cette excellente analyse qui montre bien sa compétence, son patriotisme et sa franchise. Dommage que ce genre d'homme ne soit pas au commande de la Tunisie.

3.Posté par abelhamid elhani le 12/10/2014 22:58
pour sauver la Tunisie il faut voter en masse pour des candidats compétents et honnêtes.

4.Posté par Wissem Amara le 13/10/2014 20:29
il faux travailler puis on parle des chiffres, on peut pas comparer deux etats qui n ont pas les meme bases. Ou est l investisement.

5.Posté par Mounira Khouaja le 14/10/2014 16:54
ça c'est un discours rationnel bien structuré et bien argumenté. Contrairement aux autres connards de politiciens qui disent du n'importe quoi et qui ont abrutis les tunisiens, Monsieur Mohamed Ayachi Ajroudi va droit au vrai problème de la Tunisie qui est strictement économique. Je découvre de mieux en mieux cet homme que j'ai beaucoup appréciée surtout lorsqu'il a déclaré qu'il n'est pas candidat aux élections présidentielles. ça c'est de la classe et de la sagesse. Qu'il laisse les autres connards se disputer les chaises et les postes. Des opportunistes qui ont bousillé le pays et qui vont encore l'achever si ça continue. Merci à TS d'avoir publié cette remarquable analyse. MK

6.Posté par Faïza Khiari le 15/10/2014 12:00
En tant que professeure d'économie, je déduis de la lecture de cet article que l'économie tunisienne ne redecollera pas avant 10 ou 15 ans. Et encore, si les réformes nécessaires et structurelles sont entamées dans l'immédiat ce qui ne semble pas être le cas des partis qui se disputent le pouvoir. L'économie est le dernier de leur souci, alors qu'elle devrait être la priorité absolue, puisque c'est elle qui détermine le social, le politique et le sécuritaire. M.Ajroudi dit qu'il est optimiste par nature, personnellement je crains que le cas de la Tunisie soit désespéré. A moins d'un miracle !!!!

7.Posté par kamel le 20/10/2014 00:20
emmmouaih! il a écrit cela tout seul? Le peuple tunisien n'avait pas beaucoup de quoi rêver à l'époque des malfrats de benali-trabesli non plus! coup d'état oui, mais c'est bien le résultat de 23 ans de dictature non éclairée et d'abetissement ce que nous vivons aujourdhui! ben ali a produit un peuple de veules, laches et sans envergure !

8.Posté par khaled Essid le 29/10/2014 11:39
merci si Ayachi pour cette clairvoyance et lucidité . un bilan précis et studieux mes hommages.
Malgré ce désarroi et cette perte colossale matérielle et morale la Tunisie a su fructifier cette désolation et les calamités qui en résultent en une victoire sur les forces du mal qui ont projeté le chaos "inventif" dans lequel baigne les principaux pays ciblés par cette vision. Pour en prendre conscience , il suffit de se remémorer les événements les plus marquant de cette épopée :
1)Immolation de Bouazizi , au vu des passants et ceux qui l'ont filmé , aucune tentative de le sauver
2) La mise en alerte des médias Nationaux et internationaux pour relayer cette information et ses conséquences
3) visite de ben Ali à l'Hôpital
4) Multiplication des débats sur les plateaux télévisés faisant apparaître le manquement du gouvernement sur les libertés et sur le développement régional
5) insurrection des activistes dans les régions
6) liquidation de certains manifestants et inculpation de la police et services d'ordre
7) détention de snipers et leur relaxation
8) "fuite" de ben Ali
9)14 janvier et ses accessoires (implication des avocats ; UGTT, agitateurs dans les Lycées etc.)
10) La CNN annonce le Coup d'état militaire en Tunisie
11) Applaudissement du président Obama ( Lors d'une séance au congrès)e et son soutient à la révolution tunisienne
12)Préparatifs pour l'envoi d'aide humanitaire à la tunisie
13)Désignation de Ghannouchi à la tête de l'état et mise en place du système d'auto- défense populaire
14; 15; ..............................................................;1000
1001) élection législative et réussite de Nida Tounis ; qui une semaine auparavant a mandaté une délégation pour le soutient de Bachar El Assad
1001) félicitations de Obama et L'ONU pour la réussite des élections législatives en Tunisie
Peu importe le prix que la Tunisie a payé , la politique Tunisienne en matière de roseau d'oued a gagné . félicitations à nos commandeurs .

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