Le phénomène kamikaze ou le début de l’irakisation de la Tunisie ? (vidéo)


30 Octobre 2013

C’est accidentellement que le kamikaze de Sousse s’est fait exploser. Il a raté son coup par inadvertance et un autre terroriste, qui devait viser un bateau de touristes, a été pourchassé par des policiers. Comme nous avons été les seuls à l’anticiper, l’islamo-terrorisme touche désormais les grandes villes. A Monastir, le terroriste Aymen Sâadi a été neutralisé par les forces de sécurité grâce à la vigilance des monastiriens qui veillent sur le mausolée de Bourguiba. C'est un djihadiste de retour de Syrie, selon son propre frère (vidéo). A Tunis, à côté du ministère de l’Enseignement, la police a arrêté un autre dangereux terroriste. Idem à Mahdia. Quant à La Marsa, l’alerte à la bombe dans un café était une désinformation préméditée. Mais il s'est bien passé quelque chose entre Sidi Bousaïd et Marsa corniche.


Nous l’écrivons depuis des mois, et bien avant les dernières mises en garde de la sacro sainte ambassade des USA en Tunisie, le terrorisme islamiste va se déplacer des frontières algériennes et libyennes, ainsi que des maquis, vers les zones urbaines et les grandes villes. Le phénomène était parfaitement prévisible, sauf pour les apprentis analystes ou pour les commentateurs qui roulent pour Ennahda et ses sbires du CPR et d’Ettakatol, qui ont mené le pays au chaos.
 
Le terroriste dont l’opération kamikaze devait faire beaucoup plus de mort, notamment parmi les touristes, est un tunisien d’une vingtaine d’années. Contrairement à ce qui a été rapporté dans quasiment tous les journaux et sites d’information tunisiens et étrangers, reprenant les communiqués du ministère de l’Intérieur, ce jeune kamikaze ne s’est pas fait exploser volontairement. Pris en chasse par les vigiles de l’hôtel Riadh Ennakhil (Riadh Palm), le détonateur dans sa poche s’est accidentellement activé. C’est donc par inadvertance et inexpérience que ce candidat au « martyr » a été déchiqueté sans faire de victimes.
 
Selon des témoignages que notre correspondant à Sousse à pu recueillir, une voiture de location, de marque Renault Symbole, a été vue ce matin avec à son bord quatre individus suspects. Elle a déposé le kamikaze en question pas très loin de l’hôtel Riadh Palm. Il a voulu entrer à l’hôtel par la porte principale mais les vigiles l’ont empêché compte tenu de sa tenue « pas très correct », selon l’expression même d’un des vigiles. Ce jeune kamikaze a donc fait le tour de l’hôtel, pour essayer d’entrer par effraction, mais il a été pourchassé par deux autres vigiles placés derrière l’hôtel, côté mer. C’est dans cette courte poursuite que le détonateur artisanal s’est déclenché, actionnant une partie de la quantité d’explosifs transportée. Contrairement au communiqué de l’Intérieur, il ne s’est donc pas fait explosé parce que les forces de l’ordre l’ont encerclé, mais parce que dans sa fuite et dans la panique, le détonateur s’est déclenché.
 
A moins que la carte d’identité trouvée sur les lieux soit volée ou falsifiée, le kamikaze s’appelle Ahmed Jelili Ayadi Ben Romdhane, né en 1992 et originaire de Zahrouni. L’autopsie de ce qui reste de ce corps dira s’il s’agit bel et bien de cette personne qui a été embrigadé par les salafistes djihadistes. Selon Al-Chourouk online, dont l'information a été confirmée par le porte-parole du ministère de l'Intérieur, cet individu revient à peine de Syrie via la Libye. Ce que nous avons donc révélé ce 28 octobre, dans notre article « Des milliers de terroristes fuient la Syrie et regagnent la Tunisie », se confirme. Le complice de ce terroriste, qui devait faire sauter un bateau de touristes à Sousse, n’a pas été arrêté, mais, selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed-Ali Aroui, il a été identifié par la police.
 
Toujours selon notre correspondant, le même véhicule suspect a déposé le deuxième terroriste à Monastir. Il devait faire sauter –et non pas se faire sauter- le mausolée de Bourguiba. Il s’agit donc du même groupe, à savoir Ansar al-Charia, et celui-ci appartient sans le moindre doute aux réseaux que dirigent Seifallah Ben Hassine, alias Abou Iyadh, et le libyen Abdelhakim Belhadj, tous les deux membres importants d’Al-Qaïda.
 
Quant au terroriste qui devait faire sauter le mausolée de Bourguiba, il s’appelle Aymen Berrached Sâadi. Il n’a pas la vingtaine et il est originaire de Hay Larayès à Zagouan. Etudiant en charia à la faculté Ennour de Radès, après avoir interrompu ses études en mathématiques, il faisait l’objet de quatre mandats de recherche, depuis quelques mois. Il transportait une bombe dans une valise. Du trinitrotoluène (TNT) et des câbles d'alimentation ont été découverts dans son sac à dos. Il a pu être arrêté avant de passer à l'acte, a indiqué Mohamed Ali Aroui, porte-parole du ministère de l'Intérieur, qui a aussi révélé la découverte d’armes et d’explosifs dans une maison louée par des terroristes dans le quartier de Sidi Sré, juste à côté du cimetière de Monastir. Selon son propre frère (voir vidéo), Aymen Sâadi a, lui aussi combattu en Syrie "contre les chiens chiites, Bachar al-Assad et Hassan Nasrallah". Le frère du terroriste, lui-même membre d'Ansar al-Charia, a appelé au djihad en Syrie jusqu'à la chute de Bachar et a terminé sa vidéo par Vive Ansar al-Charia". La propre mère d’Aymen Sâadi, Hayet Sâadi, a déclaré, aujourd’hui 30 octobre, à l'agence TAP que son fils a "tenté de franchir les frontières à travers la Libye pour la Syrie en mars 2012, qu’il a par la suite quitté le domicile parental le 19 août dernier, qu'il l'avait appelé le 30 du même mois de Libye, puis le 20 octobre de Turquie". Elle a accusé le ministère de l’Intérieur "d’avoir entraîné son fils dans le terrorisme".  
 
Outre l’accélération des événements et la multiplication des actes ou des tentatives terroristes, il convient de noter l’apparition du phénomène kamikaze en Tunisie. Même l’Algérie, en pleine guerre contre le terrorisme du FIS et du GIA, n’a pas connu ce phénomène dans les années 90. C’est un phénomène qui nous vient directement d’Orient, plus exactement d’Irak, de Syrie et des territoires palestiniens occupés. Nous avons déjà écrit, et nous le réitérons aujourd’hui, que des membres du Hamas, entre 150 et 200 individus, opèrent en Tunisie depuis près de deux ans. Certains travaillent directement avec Ennahda et d’autres sont allés renforcer les rangs d’Ansar al-Charia, après la brouille entre Rached Ghannouchi et Seifallah Ben Hassine.
 
Minimisant et banalisant ces opérations sans précédents, le gouverneur islamiste de Sousse, Mokhlès Jemal, a déclaré sur Express FM que «La situation est normale à Sousse… » et que « Nous devons vivre normalement en restant vigilant ». Autrement dit, le terrorisme est ordinaire et les Tunisiens vont devoir s’y habituer…comme les Irakiens ! C’est exactement ce que recherche Ennahda, et plus il y aura des actions terroristes, plus les Frères musulmans tunisiens s’imposeront comme des islamistes « modérés », qui constituent un rempart contre l’extrémisme salafiste et djihadiste.

Karim Zmerli