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Moncef Marzouki porte plainte contre son ex-ami Mezri Haddad


19 Juillet 2013

L’information a fait la une des médias tunisiens hier, la présidence a porté plainte « contre tous ceux qui appellent à renverser l’Etat par l’armée ». Deux personnalités sont nominalement désignées : Tahar Ben Hassine, directeur de la chaîne TV Al-Hiwar, et Mezri Haddad, ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO. Si le premier a immédiatement réagi hier jeudi 18 juillet, le second n’a fait aucune déclaration jusqu’à présent.


A l’exception de Tunisie Press, du HuffPost Maghreb, hier, et d’Assabah News ce matin, les autres sites d’information ont fait état de cette information en zappant volontairement le nom de Mezri Haddad, qui avait clairement appelé à « renverser l’Etat par l’armée », il y a de cela une année. Plus grave encore, selon Afrique-Asie et Algérie-Patriotique, il aurait rencontré il y a quelques mois deux officiers de l’armée tunisienne  http://afrique-asie.fr/component/content/article/68-afrique-asie-confidentiel/5848-rencontre-secrete-entre-mezri-haddad-et-deux-officiers-de-l-armee-tunisienne.html  L'ancien diplomate est donc doublement concerné par cette affaire qui a surpris la classe politique tunisienne. 
 
Selon le HuffPost Maghreb, « La présidence précise néanmoins que la plainte n'a aucun rapport avec les évènements récents en Égypte, ni avec le mouvement "Tamarrod" en Tunisie. Le chargé de communication ajoute que le dépôt de la plainte date du 10 mai 2013 et que les principaux concernés sont ceux qui ont appelé à un "renversement de l'État, par l'armée", dont Tahar Ben Hassine, directeur de la chaîne de télévision "Al Hiwar attounsi" et Mezri Haddad, ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l'Unesco ». Selon nos informations et contrairement à ce qui a été rapporté par certains sites, il n'y a pas quatre personnalités à être visées par ces plaintes, sur la base de l’article 68 du Code pénal tunisien, mais deux seulement : Mezri Haddad et Tahar Ben Hassine. 

Si cette démarche judiciaire du président provisoire n’a aucun lien avec « les événements en Egypte, ni avec le mouvement Tamarrod », pourquoi alors Tahar Ben Hassine n'a t-il pas été poursuivi lorsqu'il a demandé à l'armée d'établir l'état d'urgence, le lendemain de l'assassinat de Chokri Belaïd ? Pourquoi l’ancien diplomate tunisien n’a-t-il pas été poursuivi en justice il y a une année, lorsqu’il a fait son « Appel en 7 points », le 13 juin 2012, dans lequel il avait écrit :

« Maintenant que notre pays est entré dans une nouvelle phase de sa destruction programmée et amorcée dès décembre 2010, j’appelle nos forces armées et notre police nationale, deux institutions patriotiques que les traîtres et les comploteurs ont cherché à culpabiliser et à diviser, à :
1. prendre le contrôle du pays,
2. instaurer l’État d’urgence et rétablir l’ordre républicain,
3. déclarer illégitime le gouvernement de la trinité antipatriotique (Ghannouchi, Marzouki, Ben Jafaar),
4. dissoudre et déclarer illégale l’Assemblée constituante, compte tenu de son inutilité et des nombreuses irrégularités au moment des élections du 23 octobre dernier, et revenir à la Constitution de 1959,
5. sévir contre les hordes fanatisées et remettre en prison tous les terroristes qui ont été libérés ou amnistiés par un gouvernement incompétent et irresponsable,
6. rompre toutes relations avec le Qatar et renvoyer immédiatement l’ambassadeur de cet émirat.
7. former un gouvernement provisoire d’unité nationale en attendant d’organiser, dans les six mois, des élections authentiquement démocratiques, sans ingérence étrangère, sans le financement occulte de certains partis par les monarchies du Golfe et sous le contrôle exclusif des Nations Unies » ?
 
Il y a une année, cet appel n’a suscité aucune réaction au sein de la classe politique opposée au gouvernement provisoire. Maintenant que cette « recette » semble avoir été appliquée mot pour mot par l’armée égyptienne, elle suscite l’adhésion des uns et l’inquiétude des autres. C’est pour cette raison que Moncef Marzouki s’est plié aux exigences de Rached Ghannouchi de poursuivre en justice les « comploteurs ».
 
Comme la politique est changeante et cruelle ! Mezri Haddad, qui est aujourd’hui poursuivi en justice par Moncef Marzouki, a été « le seul ami sur lequel je peux compter et auquel je dois beaucoup », selon les propres aveux de l'actuel locataire de Carthage, dans son livre « La deuxième indépendance », publié en arabe, à Beyrouth en 1992. Le 26 novembre 2011, lorsque notre journal était encore un blog, nous avons demandé à Mezri Haddad de commenter les photos qu’il venait de publier sur sa page facebook, parmi lesquelles ses photos avec Moncef Marzouki. Voici ce qu’il avait dit : 

« Cette photo, c’était en 1994, à Gif sur Yvette, où j’habitais à l’époque, dans la forêt juste derrière chez moi. C’était au moment des élections présidentielles en Tunisie. Moncef Marzouki s’était porté candidat contre Ben Ali, tout comme Ahmed Manaï. Ma maison était son quartier général. Je l’avais activement soutenu en mettant à sa disposition mes relations avec les médias, les ONG et un certain nombre d’hommes politiques français. J’avais signé à l’époque un article dans Libération titré « L’élection du roi de Tunisie », qui a excité Ben Ali. Dès son retour en Tunisie, Moncef a été arrêté et mis en prison. L’un de ses proches compagnons au sein de la LTDH avait déclaré, " Il est bien là où il est " (Khmaïes Chammari). Je me suis mobilisé en France pour le défendre et pour faire pression sur le gouvernement tunisien. Il a été rapidement relâché. Depuis, nous sommes devenus des inséparables. Je relayais en France tout ce qu’il faisait en Tunisie. J’ai publié chez un ami éditeur libanais son livre « Al-Istiqlâl Al-Thaani », comme d’ailleurs à la même époque, le livre de mon ami Ahmed Talib Ibrahimi, « La crise algérienne » (en arabe)…Les choses ont changé à partir de 1997, lorsque les anciens collabos du régime, les progressistes et les droits-de-l’hommistes, ont rejoint l’opposition. Pour plusieurs raisons, leur arrivée a provoqué mon retrait de l’opposition. Je n’ai gardé de relations qu’avec Marzouki, Ben Jafar, Manaï et Mzali, que Dieu ait son âme. Il y avait un projet en élaboration et j’ai décidé d’attendre sa naissance pour reprendre du service dans la lutte contre Ben Ali. C’était le CNLT, un projet de Moncef lui-même. Il m’avait promis que j’en serais le représentant en France. Lorsqu’on a annoncé la naissance de CNLT en 1998, c’est Kamel Jendoubi, ex-zélateur de Ben Ali, qui a été choisi ! Ce fut un choc pour moi, une grande blessure morale. Je m’en souviens encore, j’avais appris la nouvelle à mon retour de Bagdad. C’est à partir de cette trahison que j’ai décidé de rompre l’exil, ce que j’ai fait deux ans plus tard, en 2000. Sur les raisons de leur décision, je préfère encore me taire. C’est pas très beau ! » http://tunisie-secret.over-blog.com/article-tunisie-exclusif-mezri-haddad-parle-de-ses-relations-avec-rached-ghannouchi-moncef-marzouki-et-must-90009112.html
          
En matière de trahison, les Tunisiens en savent quelque chose depuis que Moncef Marzouki est leur président provisoire !!! Tunisie-Secret.com 

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