Nejib Chebbi vend sa maison en prévision d’un déménagement au palais de Carthage !


15 Aout 2014

Selon notre excellent confrère L’Economiste Maghrébin, faute de moyens pour affronter les prochaines élections, Nejib Chebbi aurait mis en vente sa luxueuse maison de Gammarth. Les crédules vont tout de suite penser qu’il s’agit là d’un acte courageux et même « patriotique ». Qu’en est-il vraiment ?


Nous sommes des hommes propres, supérieurement révolutionnaires, immensément pauvres et extrêment nationalistes !
C’est L’Economiste Maghrébin du brillant journaliste Hédi Mechri qui a révélé l’information dans son édition du 14 août 2014. Selon notre confrère, « Il semble que Nejib Chebbi vient de vendre sa maison  de Gammarth pour  la coquette somme de cinq milliards de nos millimes et ce dans le but de financer sa campagne présidentielle ».

Et L’Economiste Maghrébin de rappeler que « l’homme fort d’Al Jomhouri a annoncé, il y a une dizaine de jours, qu’il se porte candidat à la présidentielle, alors que des bruits courent quant à la crise financière qui secoue le parti ».

C’est une occasion pour parler de ce grand télégraphiste de l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie, à l’époque où les honorables correspondants des services américains se comptaient sur les dix doigts de la main, et non pas comme aujourd’hui où la concurrence est devenue très rude et où les « bénévoles » des partis politiques, des syndicats, des associations, des avocats, des députés, des journalistes…au service de l’Empire se comptent par dizaines, si ce n’est par centaines.

En matière de bons et loyaux services dédiés aux renseignements américains, Nejib Chebbi est un précurseur. Ancienne taupe occidentale au sein du Bath tunisien à l’époque de Bourguiba, il a laissé tomber le masque dès 1988 -lorsqu’il est devenu l’un des premiers alliés de Ben Ali- en affichant publiquement ses amitiés américaines, un atout à l’époque ! C’est ainsi qu’il est devenu à partir de 1991 le premier homme intouchable du pays, celui que Ben Ali ne pouvait même pas intimider par un redressement fiscal (pratique courante dans les régimes autoritaires comme dans les régimes démocratiques), à plus forte raison par une « correction » physique, comme ce fut le cas avec d’autres opposants orphelins de la maternité américaine.

Pour ce politicien qui est à la Tunisie ce que Chalabi fut pour l’Irak, et Hamid Karzai pour l’Afghanistan, tous les moyens sont bons pour dormir dans le lit de Bourguiba. Sacrifier une si belle propriété à Gammarth, d’une valeur de 5 milliards, n’est-ce pas un acte courageux et d’un civisme d’autant plus admirable que l’argent servira à renflouer les caisses d’Al-Joumhouri en vue des prochaines élections ? Beaucoup, notamment les militants d’Al-Joumhouri, vont se poser la question et éprouver de la sympathie pour ce grand Monsieur, près à sacrifier sa propre maison par « patriotisme » et pour l’intérêt supérieur de la nation.

En effet, le but de cette opération n’est pas tant l’argent que le fait de susciter de l’empathie à l’égard d’un candidat aux présidentielles qui manque de charisme et de patriotisme, mais sûrement pas d’argent ! Car, l’argent, Nejib Chebbi en a beaucoup et n’en a jamais manqué. De part l’héritage de son père, de part son second mariage, et de part ses relations privilégiées avec les Etats-Unis.

Sa seconde épouse est Safia Mestiri, dont l’oncle est Ahmed Mestiri et le frère, Omar Mestiri, « l’époux » de l’épicière des droits de l’homme, Sihem Bensedrine. Comme les aïeuls de Chebbi, les parents de Safia Mestiri étaient de grands propriétaires terriens qui se sont enrichis à l’époque des Beys et du protectorat. En sommes, des féodaux, pour parler le langage « socialiste » de Nejib Chebbi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces notables ont tous choisi le métier d’avocat comme carrière. Y compris Sieur Ahmed Mestiri, dont certains anciens ministres de Bourguiba disent qu'il percevrait depuis 1973 et à vie, une indemnité mensuelle de l’ambassade des Etats-Unis à Tunis, en tant que conseil juridique. Vérité ou intox, toujours est-il que certaines mauvaises langues laissent entendre que cette concession aurait été transmise à maitre Nejib Chebbi à partir de 1992.

La vente de la propriété à Gammarth est donc à la fois une opération financière juteuse et du marketing politique. Nejib Chebbi n’a pas besoin de se séparer de son palais, qui n’est d’ailleurs pas son seul bien immobilier, pour participer aux élections. Comme en octobre 2011, et comme trois autres partis (Ennahda, Ettakatol et le CPR) il y a trois ans, Al-Joumhouri a reçu un soutien financier des Etats-Unis, du Qatar et de l’Allemagne. Malgré un bon programme politique pendu notamment par Taïeb Houidi, son échec cuisant aux élections d’octobre 2011 serait même dû aux énormes sommes d’argent consacrées à l’affichage publicitaire et à la communication.

Nejib Chebbi aurait reçu des soutiens financiers étrangers, mais pas autant que Nidaa Tounes, dont le patriarche, lui aussi avocat d’affaire, est devenu l’une des plus grosses fortunes de Tunisie. De sources bien introduites et bien informées, les réserves de Béji Caïd Essebsi (à ne pas confondre avec le budget de Nidaa Tounes !), dépasseraient le trésor d’Ali Baba-Ghannouchi.
  
Vendre sa propriété, pourrait aussi provoquer la Baraka d’Allah ! Dans son incommensurable générosité avec les « musulmans socialistes », ce dernier pourrait la lui compenser par un long séjour au palais de Carthage, celui dont Ahmed Mestiri rêvait et que Béji Caïd Essebsi ne désespère pas d’occuper.

Bon joueur, je vais donner à Nejib Chebbi un bon conseil qui lui garantirait la conquête de Carthage : plutôt que de vendre sa propriété à 5 milliards, il devrait soit en faire don à une œuvre caritative, soit la céder à une dizaine de familles déshéritées de Sidi Bouzid, dont il a été en janvier 2011 le très ardant avocassier. Ainsi, il fera d’une pierre deux coups : remplace le Tartarin de Carthage, et contrarier, avec cette population prolétaire délocalisée à Gammarth, ses illustres voisins, Mustapha Ben Jaafar, Chedly Ayari, Sihem Bensedrine, Souhayr Belhassen… en provoquant ce que Marx appelle la haine de classe !
       
Nebil Ben Yahmed