Prêts accordés à la Tunisie : FMI, Europe, Qatar, Japon, le ballet des charognards


16 Mars 2014

La « révolution » a fait de la Tunisie un Etat croupion et des Tunisien un peuple mendiant. Avec un déficit budgétaire et un endettement extérieurs jamais atteints depuis l’indépendance, la Tunisie va devoir s’endetter encore plus les dix prochaines années. Des prêts à la consommation et non pas à l’investissement, qui sapent encore plus la souveraineté du pays et hypothèquent l’avenir des Tunisiens.


Pour une « révolution » qui s’est faite au nom de la dignité et du droit au travail, on peut dire qu’elle a très largement atteint ses objectifs : un million de chômeurs dont 40% sont des jeunes, un déficit budgétaire de 12 milliards de dinars, une dette publique qui atteindrait 51% du PIB, une dette extérieure estime à 14550 milliards…Des chiffres appelés à la hausse, si l’on en croit Mehdi Jomaa, qui a eu la franchise de dresser un bilan désastreux de la situation économique et financière du pays, en appelant les tunisiens à faire preuve de patience et de sacrifices pour les années qui viennent !

Depuis décembre 2011, les prêts obtenus par la troïka avec la bénédiction de l’ANC avoisinent les 13000 milliards. Ils ont été engloutis dans des projets douteux qui transpirent la corruption, dans le dédommagement des « victimes » de l’ancien régime, qui complotaient contre la Tunisie et qui ne sont pas uniquement des islamistes, dans le recrutement au sein de divers ministères et entreprises publiques d’anciens criminels, dans les salaires indument versés aux membres de l’ANC depuis le 23 octobre 2012, dans les émoluments dont bénéficient jusqu’à ce jour tous les ministres et secrétaires d’Etat qui se sont relayés au gouvernement, de janvier 2011 jusqu’à la récente passation de pouvoir entre Ali Larayedh et Mehdi Jomaa…
      
Nous allons nous endetter encore plus, a dit Mehdi Jomaa, lors de sa première grande interview télévisée, en précisant que ce sont des crédits à la consommation et pour colmater les brèches et non pas des crédits à l’investissement. Et dans cette quête ou mendicité, les motivations des bailleurs ne relèvent pas de la philanthropie ou de l’amitié vis-à-vis d’un pays ruiné en moins de trois ans, mais du profit et de la course aux influences politiques et géopolitiques.

Contrairement aux dires de Rached Ghannouchi qui vient de louer la « générosité » et la « fraternité » de ses maitres Qataris, l’aide de l’émirat oligarchique a été insignifiante.  En janvier 2012, le gouvernement de Hamadi Jebali avait préparé un dossier pour un don de cinq milliards de dollars du Qatar. Le bienfaiteur émir n’en a accordé que 10%, soit 500 millions de dollars, sous forme de prêt, à un taux de 2,8%, remboursable sur cinq ans ! Rached Ghannouchi pensait sans doute aux milliers d’associations dites caritatives qui sont sous le contrôle d’Ennahda et qui servent à endoctriner, par les écoles coraniques et les sectes sociales, les jeunes et la petite enfance. Sans parler des associations « humanitaires » que le Qatar utilise pour financer le terrorisme et le djihadisme offshore, dans le but de déstabiliser l’Algérie et d’anéantir la Syrie.
     
Ces 500 millions de dollars ont d’ailleurs été annoncé par Béji Caïd Essebsi, lorsque Hamed Ben Jassim a été accueilli en libérateur, le 28 septembre 2011. Le même Béji avouera par ailleurs que la Tunisie n’a jamais vu la couleur des aides et des dons qui lui ont été promis lors du G8 à Deauville, en mai 2011. Si « révolutionnaire » soit-elle, la Tunisie n’est pas l’Espagne, encore moins la Grèce, un Etat en faillite qui a bénéficié de trois plans de sauvetage à coup de milliards d’euros.

Les 480 millions d’euros déjà versés par l’Europe à la Tunisie pour financer « le budget de l'état, la rénovation de quartiers urbains défavorisés, de nombreuses associations de la société civile, et des bourses pour des étudiants tunisiens souhaitant se rendre en Europe », dont vient de parler Stefan Füle, Commissaire européen chargé de l’Elargissement et de la Politique européenne de Voisinage, sont donc risibles compte tenu des promesses faites à la Tunisie en compensation du coup d’Etat du 14 janvier 2011. Et ce ne sont surement pas les 300 millions d’euros « d’aide macro-financière », encore à l’étude par la Commission européenne « en reconnaissance de l'avancement "inclusif" de la transition démocratique », comme le dit si bien Stefan Füle, qui vont sauver la Tunisie de la banqueroute économique et financière.
  
A l’inverse de nos « généreux » donateurs hypothétiques occidentaux et du Qatar, notre « libérateur », le Japon vient d’accorder à la Tunisie deux prêts d'un montant total d'environ 335 millions d'euros, avec un taux d’intérêt de 0,6% remboursable sur 40 ans, et un délai de grâce de 10 ans. C'est pour « contribuer à la réussite de la démocratisation », a annoncé mardi 11 mars 2014 à Tunis le ministre délégué aux Affaires étrangères, Nobuo Kishi. L'un sera consacré au projet de construction d'une centrale électrique à cycle combiné à Radès, dans la banlieue sud de Tunis, pour « accroître l'offre d'énergie électrique (...) et pour une croissance durable de la Tunisie ». L'autre doit financer un projet de prévention des inondations de l'Oued Medjerda, le principal cours d'eau de la Tunisie.

Mais, si généreux soit-il, ce prêt illustre la rivalité qui oppose le Japon et la Chine au sujet de leur influence respective sur le continent africain. Or, comme l’Allemagne, le Japon est depuis 1945 un pays sous influence américaine. Sauf en cas de force majeure (Irak, Afghanistan), les Américains n’agissent jamais à visage découvert. Il est donc tout à fait possible que le Japon soit en service commandé. Le but de l’opération : stopper tout rapprochement entre la Chine et le Maghreb, d’autant plus que l’Occident regarde d’un très mauvais œil la présence chinoise en Algérie. C’est dans ce sens qu’il faut décrypter la déclaration de Nobuo Kishia : « Le Japon entend intensifier la coopération bilatérale en appuyant tous les efforts de la Tunisie sur les plans politique, économique et culturel et espère contribuer à la réussite de la démocratisation en Tunisie ».

Samira Hendaoui