Six ans de période transitoire, cela suffit! Par Tahar Belkhodja


29 Septembre 2016

Après avoir décrit la situation dramatique du pays, l'ancien ministre de Bourguiba énonce une sortie de crise en cinq points. Mais pas un mot sur l'origine de tous les maux, à savoir les islamo-mafieux qui ont ruiné la Tunisie et pris en otage son peuple. C'est plutôt bizarre de la part d'un ancien bourguibiste !


Le Président de la république était bien inspiré pour s'impliquer personnellement et pour préconiser l'Union de toutes les forces vives de la Nation afin d'affronter en commun une situation économique de plus en plus précaire. L'Union nationale, qui avait prévalue du temps de Bourguiba, était le modèle adéquat de la bonne gouvernance. Il semble s'imposer aujourd'hui comme union patriotique, et permet d'installer pour la conjoncture un gouvernement de Salut public.

Son Chef a eu l'audace et la franchise de révéler, même en partie-mais pour la première fois depuis six ans-, chiffres en mains, les données réelles d'une situation bien préoccupante. La délinquance ayant atteint le cœur de nos institutions, la survie même de notre système pouvait être mise en cause à la longue.

Bien qu'abasourdis et se méfiant des professions de foi et des promesses non tenues; mais n'ayant plus le choix, le peuple dans presque toutes ses composantes a bien voulu accorder le préjugé favorable, conscient que l échec finira par générer le disfonctionnement; et ce sera alors le saut dans l'inconnu avec toutes ses complications.

Ainsi, l'état d'urgence économique s'impose t-il irrémédiablement. Les simples retouches seront insuffisantes et inefficaces. Tous les organes de la machine gouvernementale doivent agir au plus vite et en diapason avec toutes les autres institutions. Tout est urgent, et les priorités ne sont plus que relatives. Le régime est en jeu, le pays est en danger, et le chaos n'épargnera personne.

La première préoccupation, la plus urgente et la plus impérieuse, est d'éviter le processus inéluctable de la faillite du pays. La dette de l'Etat est faramineuse, l'incapacité d'honorer les échéances est patente, et la politique de l'autruche ne peut plus occulter leur fatalité. Soit. On reviendra un jour sur les responsabilités générales et personnelles.

Aujourd’hui, nous galopons tous azimuts pour solliciter le renflouement. Le Président tente de sensibiliser nos amis pour un éventuel plan Marshal adapté à notre conjoncture. La sollicitude sera probante, la Tunisie ayant été toujours soutenue. Mais nous devons convaincre de notre volonté d'engager sérieusement le redressement. L'Europe et les grands pays occidentaux répondront à l'appel d'une amitié de longue date tissée soigneusement par Bourguiba.

Le chef du gouvernement a laissé entrevoir le recours impérieux à l'austérité, le pays ne pouvant supporter plus d’atermoiement. Ce ne sera pas une austérité sauvage touchant les couches déshéritées. Elle sera organisée et largement consentie par une population, certes déchirée, mais convaincue qu'elle doit subir de lourds sacrifices équitablement repartis.

Appliquons-comme bien d'autres pays nantis-le principe de Précaution et les clauses de sauvegarde. Réduisons nos importations, le temps nécessaire pour revigorer notre balance commerciale. Réorganisons les circuits parallèles en les insérant ou en leur réservant d'autres espaces ou bien en les aidant a se reconvertir. Convenons avec les pays voisins de traquer à la source les bandits commanditaires. La vigilance et la souplesse seront toujours de mise.

Notre balance des paiements sera amenée à combler son déficit chronique la gestion du budget de l'Etat pour le développement doit cesser d'être confondue avec le budget courant. C'est un amalgame simpliste et infantile. Les 3% des déficits autorises par les pays européens doivent nous donner à réfléchir. Instituons, comme partout, un impôt sur la fortune au dessus d'un seuil et étalé progressivement. Faut-il le rappeler? nous avons besoin de la confiance de nos investisseurs nationaux, ceux la même qui ouvriront la voie aux partenaires étrangers. Élaborons sobrement une vaste reforme fiscale qu'il faudra faire rentrer prudemment dans les mœurs.

Nous pouvons commencer par appliquer, après adaptation, l'imposition des professions libérales déjà votée depuis les années 70.
Symboliquement, les émoluments des membres du gouvernement sont réduits. Soyons plus conséquents et attaquons le gaspillage: supprimons les privilèges indécents et mettons fin aux voitures de fonction et soi disant véhicules utilitaires, comme l'avait préconisé un certain gouvernement.

D'autres mesures traduiront la solidarité nationale: s'astreindre d'égorger nos moutons-comme l'a décidé le Maroc pendant 3 ans- afin de reconstituer notre cheptel. Réduisons de moitié le nombre de nos Hadjs qui doivent se contenter d'un seul pèlerinage. Les budgets de l'Etat sont grevés par toute sorte de compensation. Les caisses sociales en sont les champions et prennent l'aspect des tonneaux des Danaïdes alors qu'auparavant elles renflouaient les banques.

Pour la fameuse caisse de compensation il faudrait revenir progressivement à la norme universelle avec la vérité des prix, avec des mesures d'accompagnement acceptables et équitables. Pour la CNSS, la retraite à 67 ans est nécessaire, les conditions physiques et mentales sont tout autre aujourd’hui. Le Maroc vient de le décréter et relever de 4 % la contribution des salaries.

Le chômage, mal endémique, est aggravé par le pourrissement des problèmes sociaux. Cependant bourrer les institutions en détresse par des emplois fictifs est lourde de conséquences pour les entreprises. Encourageons l'apprentissage et la reconversion: les modèles allemands suisses ou suédois présentent les meilleures expériences.

Par ailleurs, cessons d'éveiller les instincts primaires en dérivant sur le soi disant régionalisme. En outre des responsables irresponsables incitent certaines régions à disposer directement d'une partie du patrimoine national. Agissons plutôt pour que les fruits de la croissance nationale soient équitablement distribués. Entre temps un audit national ou international des finances de l'Etat et un autre audit pour la fonction publiques détermineront nos nécessitées. Six ans de période transitoire, cela suffit! Entamons le renouveau. De grandes reformes politiques sont a concrétiser d'urgences avant les prochaines échéances:

1/ Soumettre par référendum la réforme de la constitution pour un régime "semi-présidentiel" tel que semblent l'exiger aussi bien les gouvernants que les citoyens, afin d'en finir avec les lenteurs des décisions et la confusion des pouvoirs.

2/Par référendum aussi, le même ou un autre consacrer la concorde nationale entre tout les citoyens- à l instar du vote du peuple Algérien- nous avons besoin d’unité plutôt que de division.

Sur le plan financier les intéressés qui avaient un certain moment perdu confiance de leur pays vont pouvoir dans une atmosphère de concorde nationale rapatrier leurs biens et s'impliquer dans le développement de leur pays. Cette méthode a prévalu en France depuis plusieurs années.

Pour les milliers de Tunisiens égarés qui pour la plupart sont exploités comme chair à canon peuvent être récupérés dans la mesure où ils réclament leurs repenti et à condition qu’ils n'aient pas souillés leurs mains leur reconversion se fera le cadre de mesures sécuritaire approprié.

3/Adopter une nouvelle loi électorale instituant le uninominal à deux tours pour personnifier les responsabilités et éviter l'hégémonie des partis.

4/Corriger la loi sur les associations et les partis afin d'arrêter leur prolifération, en l'absence de toute démocratie interne et de transparence financière et politique.

5/Procéder aux élections municipales et régionales au plus tard en 2017, et organiser leur fonctionnement et leur financement. Il serait aberrant d'octroyer le droit de vote au service actif de l'Armée de la police et la garde nationale. Ces corps sont au service de l'État et exclusivement de l'État tel que le stipule leur serment.

La Tunisie est un pays viable et veut rester un partenaire fiable. Nous avons été les pionniers de la libération, nous voulons être à l'avant garde du renouveau.

Tahar Belkhodja, ancien Ministre.