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Grèce: les dessous de la stratégie chinoise, par Mohamed Troudi


26 Février 2016


Mohamed Troudi, politologue tunisien spécialiste de questions géopolitiques et internnatioales.
Mohamed Troudi, politologue tunisien spécialiste de questions géopolitiques et internnatioales.
L'émergence de la Chine comme puissance montante de ce fin de 20ème siècle résulte à mon sens de sa capacité prouvée de faire cohabiter deux traditions, celle de manier à bon escient les ressources que lui offrent la technologie occidentale tout en consolidant ses traditions propres tissées depuis des millénaires.

La question qui se pose est la suivante: le monde est-il entrain d'assister en même temps qu'à l'émergence inéluctable de la Chine à un retour à un monde plus normal, par conséquent moins marqué par une longue et brutale domination européenne? Assiste-on à l'affaiblissement de l'impérialisme américain et européen? La crise économique et financière va-elle dans le même sens d'un affaiblissement de l'impérialisme mondial, qui pousse toutes les puissances au désespoir en causant des frictions entre elles quand l'une cherche à alléger ses problèmes au dépend de l'autre?

Chacun sait que la domination américaine au moyen orient représente un argument essentiel pour la réussite de la stratégie mondiale des États-Unis qui souhaiterait imposer son modèle au monde entier. En effet les États-Unis veulent s'assurer le contrôle des gigantesques ressources pétrolières de la région, ce qui donnera à l'Amérique les moyens de manipuler l’économie mondiale et par conséquent de limiter voire de gommer toute concurrence des autres pays développés. Je pense à la Chine, à l'Inde et probablement la Russie.

Les fondements de la pensée stratégique chinoise

L'apparition de nouveaux acteurs majeurs sur le marché mondial comme la Chine, offrant une toute autre stratégie d'échange et de relations basées sur un partenariat d'égal à égal, peut fortement gêner la puissance américaine notamment dans sa quête inlassable de grandes espaces et de nouvelles sources de matières premières en tête desquelles le pétrole notamment dans la région arabe et même en Afrique, dans le but de mieux diversifier son approvisionnement.

Je note que les États-Unis au même tire que l'Union européenne, sont aujourd'hui dans l'incapacité d e peser sur les grands bouleversements mondiaux. En choisissant souvent la facilité et le court-terme dans la conduite de leur politique étrangère, ils ne sont plus aujourd'hui à l'abri de nouveaux concurrents déterminés à repenser les termes du débat stratégique, dans un espace désormais fragmenté.

En somme, ils entretiennent la peur d' un empire somme toute théâtrale et d'une expansion narcissique notamment dans le monde arabe et dans le sud de la Méditerranée. Le résultat est désormais un échec consommé, dans la réalisation de leurs objectifs stratégiques, comme le montre l'exemple irakien et afghan hier et la Syrie aujourd'hui, en est l'illustration parfaite. Les conséquences sont quasi immédiates puisque ni les États-Unis ni l'Europe sont en mesure de contrôler la Chine. Cette situation ouvre un boulevard pour cette puissance montante, qui semble décider à utiliser tous les moyens en sa possession pour jouer à fond sa chance. Loin de l’arrogance et d'une volonté d'imposition des schémas par la force, la Chine propose particulièrement aux monde notamment à la Grèce, une politique alternative basée sur le respect mutuel et un marché de gagnant gagnant, ce qui peut permettre à ses pays de sortir quelque peu du verrou impérialiste euro américain.

Il est opportun de signaler à titre d'exemple la réussite du rapprochement entre la Chine et l'Amérique latine, qui peut servir d'exemple à reproduire en méditerranée. En effet, l'Amérique latine trouve dans le commerce avec Pékin, un vaste marché de consommateurs. La Chine importe du Brésil des quantités importantes de produits extraits du soja. De son côté le Venezuela de l'ex président CHAVEZ, a négocié avec la Colombie pour construire un oléoduc vers sa côte pacifique. Cette plate-forme a pu accroître les exportations pétrolières de Caracas vers la Chine, privant ainsi les États-Unis d'une manne dont elle en tant besoin surtout que l'Amérique dépend du Venezuela à hauteur de 14% de leur importation en pétrole. Cet exemple de rapprochement réussi sino-latin, est-il en cours de se reproduire au sud de la Méditerranée en l’occurrence en Grèce?

En quoi, la Chine peut-elle en tirer profit de ce rapprochement avec la Grèce? En grande puissance en devenir, la Chine suit la situation de très près la situation en Grèce même si elle se refuse de commenter au nom d'une politique connue de non intervention dans les affaires internes d'un pays.

Pour bien comprendre la politique chinoise dans le monde, il est opportun de rappeler les fondements intellectuels de la pensée stratégique chinoise qui dictent la nature et le contenu de sa politique étrangère

Il faut admettre que l'espace stratégique mondial considéré jusqu'à lors comme unique et homogène, est probablement en passe de laisser la place à un espace stratégique mondial fragmenté. Qu'il s'agisse de l'Amérique latine, ou de la Chine, des puissances qualifiées d'émergentes concurrencent, sur le terrain politique et économique, des puissances jadis bien établies. Parmi ces nouveaux acteurs menaçant l'hégémonie stratégique américaine, la Chine se place en bonne position. Cette dernière a en effet décidé de projeter en dehors de son environnement immédiat sa vision du monde, partant de sa propre pensée stratégique.

Une des bases de la stratégie chinoise c'est qu'elle s'inscrit presque toujours dans le long terme et cherche avant tout à influer sur les tendances lourdes. Elle ne se construit pas dans la précipitation et par conséquent s'inscrit dans la durée tenant compte à la fois de l'environnement et des stratégies des concurrents directs. Elle s'appuie sur des comportements inébranlables, celui de l'écoute, l'absence de préjugé et d’arrogance et enfin la disponibilité et sa capacité à s'adapter à toutes les circonstances extérieures. En somme ce premier fondement de la politique étrangère chinoise peut être résumer en une phrase: moduler la situation, ne surtout pas la forcer.

Le deuxième fondement de la stratégie chinoise consiste en une conception nuancée du monde contrairement au monde occidental qui adopte souvent une approche plutôt dualiste et cartésienne du monde. Cette conception chinoise du monde qui influe largement sur sa stratégie, se résume en un mot « le soft power »

Si le hard power réfère à l’utilisation des outils traditionnels mis à la disposition d'un État à savoir la coercition, en brandissant la menace de représailles militaires, ou encore l’incitation économique et financière, à l’opposé, le soft power fait appel à l’habileté pour un État d’obtenir ce qu’il désire par le pouvoir d’attraction du rayonnement de sa culture et de sa civilisation, de sa conception des relations internationales et plus particulièrement de sa diplomatie. Il a pour effet essentiel de propulser l’État ou la puissance en question en avant de la scène mondiale et d'attirer l'attention des autres acteurs mondiaux sur la spécificité d'un acteur donné. 

La Chine a misé sur le soft power dont l'objectif est moins d'imposer un système ou une manière de voir que d’influencer imperceptiblement ces partenaires à travers le monde. Ce qui m'amène à penser que la Chine tout en utilisant la puissance de son économie, elle s'appuie aussi sur ce mécanisme du soft power, mettant en avant la force de sa culture millénaire et sa population, deux vecteurs essentiels aujourd'hui de sa puissance politique et économique.

La multiplication des instituts Confucius (1) à travers le monde en est l'exemple parfait du rayonnement culturel de la Chine. Le grand stratège chinois Sun Tzu, auteur du premier traité de stratégie militaire écrit au monde «  stratégie militaire du maître Sun », dans le quel, il développe des thèses originales qui s'inspirent de la philosophie chinoise ancienne, pensait fermement que les armes sont de mauvais augures, car le vainqueur sera haï par le vaincu et ses ressources seront d’autant plus difficiles à exploiter sur la durée. La Chine semble avoir retenu cette leçon dans sa relation avec les pays du Sud, plus que toutes autres puissances du moment, États-Unis en tête.

La politique de la main tendue et de la souplesse dans les relations avec avec des acteurs partenaires, semble d'une grand efficacité au Tiers-monde, particulièrement en Afrique et depuis un certain temps dans le monde arabe. Ce rapprochement avec la Grèce procède me semble il de la même logique.

Les relations sino-grecques : des intérêts partagés ou impérialisme économique

Il faut rappeler d'abord que l'intérêt de la Chine à la Grèce est plus ancien qu'on le pense, puisque l'empire du milieu s'est intéressé à Athènes depuis la fin des années 1990, bien avant le déclenchement de ce qu'on appelle communément la crise de la dette dans l'UE. Plusieurs gouvernements notamment de droite ont tenté un rapprochement avec Pékin, c'est le cas du gouvernement de Kostas Karamanlis à partir de 2005.

Premier ministre d’inspiration libérale, il a cherché dès 2005 à se rapprocher de la Chine pour tenter d'atténuer la pression financière exercée par l'UE, qui lui reprochait de n'avoir pas engagé toutes les réformes demandées par l'UE, que ce soit sur les retraites ou encore la privatisation. En 2010, le gouvernement Papandreou, suit une même politique attractive vis- à vis de la Chine, les deux pays vont signer plus 13 contrats de coopération économique qui n'aura de cesse de se consolider. Ce rapprochement très remarqué entre les deux pays fait dire à l'ex Premier ministre chinois Wen Jiabao je cite «  la Grèce est le partenaire le plus crédible de l'union européenne ». Les deux pays ont également facilité les démarches d'installation de citoyens désireux de tenter l'aventure , Pékin encourage depuis 2010 l'implantation de ses ressortissants et des mesures d’assouplissement des visas ont même été prises à cet effet par Pékin et Athènes

Le partenariat sino grecque n'a eu de cesse de se consolider. Lors de sa dernière visite en Grèce, l'actuel Premier ministre chinois, Li Kipiang, proposait pas moins d'une vingtaine d'accords de coopérations, auxquels se rajoutent divers contrats commerciaux estimé à près de 3,5 milliards d'euros, c'est dire combien la Chine compte s'installer durablement en Grèce. On assiste depuis au lancement d'un véritable plan Marshall chinois en Grèce.

Plusieurs domaines d'activités économiques figurent dans la liste des secteurs économiques convoités par Pékin, le domaine qui attire le plus les chinois n'est autre que le domaine maritime. La Chine s'est déjà manifesté en 2008 avec l'achat par la compagnie chinoise Cosco (1) de pas moins de deux terminaux du port Pirée. Ces deux ports comme les voies ferroviaires et les aéroports figurent sur une imposante liste du Taiped (2) . En effet lors de la procédure d’approbation du plan d'aide à la Grèce par le parlement néerlandais, le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a fait figurer dans un un document de plus de 55 pages, la liste des actions de privatisation que le gouvernement grec doit accomplir au plus vite On y trouve outre le port du Pirée, celui de Thessalonique et les aéroports.

La Chine fidèle à sa politique de conquête commerciale, ne recule devant rien pour renforcer sa position et implanter autant que faire se peut ses entreprises partout dans le monde, business oblige. Cet appétit insatiable de Pékin trouve son expression dans le désir exprimé par la Chine d'acheter l'aéroport international d'Athènes, celui de Kasteli et le port de Timbaki en Crète. Cet appétit va plus loin, puisque Pékin souhaite aussi racheter la compagnie publique d'électricité. La Chine continu de tisser sa toile sur la Grèce, elle le fait notamment par la signature de plusieurs contrats d’importance dans des domaines non moins stratégiques, comme la marine marchande, de l'énergie, de la production et du commerce du vin ou encore de l'huile d'olive.

Il s'avère par conséquent que la présence de la Chine se renforce en méditerranée, même si l'acquisition du Pirée a été contesté par la commission européenne, qui a mis son veto, considérant l'acquisition d'un troisième terminal après que les deux premiers terminaux ont été acheté par la Chine en 2008, la manifestation d'une volonté de monopole et appelle à l'achat de troisième terminal par un autre repreneur que la Chine. C'est ce que dénonce par ailleurs l'ambassadeur chinois en Grèce Zou Xiaoli qui vantait le mérite de l'achat du Pirée par la Chine qui fait de ce port, celui qui se développe le plus rapidement au monde et participe activement disait-il à la croissance de l'économie grecque par la création de nombreux poste de travail.

Dans cette affaire, la Chine cherche et le fait plus tôt bien à en tirer profit des divergences des États membres de l'UE sur la question du traitement de la dette. Chemin faisant elle utilise les différences de vision des européens pour se rapprocher un peu plus des pays à position géostratégique majeur dans le monde, la Grèce de par sa position au cœur de la méditerranée offre bien évidemment une opportunité de choix pour les chinois. Le Premier ministre chinois, n'a pas entamé sa tournée européenne au hasard dans deux pays aujourd'hui qui sont sensiblement moins européens, à savoir la Grèce et le Royaume-Unis. La question n'est plus aujourd’hui de savoir si réellement la Chine parviendra à diviser encore un peu plus les européens, mais de savoir que faire pour ne pas laisser Pékin jouer à sa guise des divergences européennes ?. On est tenté de dire que l'UE n'en prends pas le chemin, je pense au contraire qu'il se pourrait même ( si ce n'est déjà le cas) que les États membres se concurrenceront entre eux pour s'attirer les investissements colossaux de Pékin, dont les économies européennes en cette période d'une crise économique et financière persistante, ont cruellement besoin.

Témoin de cet appétit de la Chine à la Grèce, l'augmentation fulgurante du volume d'échange commerciaux entre les deux pays. En 1972, les deux pays échangeaient pour à peine 1 million de dollars, ce volume est passé au delà de 4 milliards en 2012, il serait aujourd'hui d'un montant avoisinant les 10 milliards. Le coton, le marbre ou encore le vin grecs, constituent manifestement les produits les plus prisés des chinois. Mieux encore et comme pour bien renforcer son rapprochement avec Athènes, la Chine a multiplié par mille ses investissements dans le domaine industriel grecque.

Ce rapprochement via des contrats juteux, un partenariat solide et une politique d'investissement audacieuse en dépit du fait que la Grèce reste d'abord un petit pays, ces éléments permettent d'appréhender les dessous de la présence chinoise en Grèce, qui répond comme je l'ai rappelé plus haut au même principe vieux de milliers d'années, qui consiste à tendre la main aux autres sans les heurter au risque d'être haï, en somme il ne faut jamais brusquer ou forcer une situation, il faut juste la modeler et la façonner.

Si l'on analyse de près les intérêts chinois en Grèce, quelques idées fondamentales émergent : d'abord Pékin travaille à élargir son influence partout ou des opportunités se présentent dans le monde, son objectif outre l'aspect géopolitique qui est bien présent, on peut mettre en avant l'aspect commercial, puisque pékin a compris que pour diffuser ses produits et ses marchandises partout dans le monde, il faudra être à l'écoute du consommateur là ou il se trouve.

Par ailleurs la Chine étant encore en retard considérable sur le plan technologique, par rapport à l'Europe, ce qui l'empêche de proposer des produits de haute gamme, la solution pour Pékin passerait donc par la pénétration commerciale du sol européen, en se rapprochant des entreprises européennes susceptibles de lui apporter un savoir technologique encore embryonnaire en Chine. C'est la clé pour Pékin qui veut sortir de l'image qui lui colle telle une étiquette « d'usine du monde », qui fait de la Chine un producteur de marchandise de bas de gamme et par conséquent incapable de rivaliser avec les grandes marques européennes et américaines.

L'autre intérêt de la Chine plutôt d’ordre politico-diplomatique, c'est d'investir massivement dans les économies des différents États européens en proie à une crise d'envergure, en échange de leur soutien à la chine face aux États unis qui cherchent à jouer seul et à continuer à imposer sa vision unilatérale du monde, ce qui agace Pékin et voit en cela une menace sérieuse pour la réalisation de ses ses intérêts dans le monde. L'aspect géopolitique et géostratégique sont par conséquent éminemment présents dans l'appréhension de la Chine de sa propre sécurité nationale, qui lui dicte une présence de tous les instants dans le monde. Napoléon disait en son temps je cite «  la politique d'un État est dans sa géographie » Le gouvernement d'un État et la définition de sa politique dépend de manière permanente de la considération de sa situation géostratégique. C'est alors qu'est invoquée la raison d'État..

La Chine n'échappe assurément pas à cette règle. Mais les intérêts chinois en Europe, principalement en Grèce, vont plus loin encore, puisque dans le prolongement de la consolidation des rapports politico économiques , Pékin considère en effet qu’Athènes n'est pas seulement une porte d'entrée essentielle et durable en Europe, elle constitue également une voie d'accès non négligeable à la mer Noire, au Moyen-orient et bien naturellement aux Balkans.

Cette présence dans une région névralgique, si elle se consolidera, lui permettra assurément d'investir davantage dans des secteurs économiques clés comme les énergies, voire les transports et le bâtiment, ce qui veut dire la signature de nombreux contrats juteux que les compagnies chinoises s'empresseront de valider et ainsi concurrencer des grands groupes européens et ce au cœur de l'Europe. Les sociétés chinoises finiront par bien s'implanter en Grèce. En effet se sont des sociétés très disciplinées, puisqu’une grande partie d'entre elles pour ne pas dire toute répondent à un même schéma, celui d'une gouvernance très centralisée depuis Pékin, avec pour unique objectif l'augmentation de la productivité au mépris des droits les plus élémentaires des travailleurs, notamment la protection sociale et un cadre juridique du travail généralement très éloignée des standards internationaux.

Pourtant, c'est quasiment chose faite puisque sous l'effet conjugué de la troïka à savoir la Commission européenne, la BCE et le FMI, Athènes a ouvert un vaste plan de pas moins de 28 privatisations, il se trouve que la Chine talonnée toutefois par la Russie est en première ligne pour décrocher les plus gros contrats. Un haut responsable grec du ministère des affaires étrangères Areti Skafidaki (3) , avait confié, je cite « Pour la compagnie publique ferroviaire, les Russes et les Chinois sont fortement intéressés. La Chine reste également très attachée aux entreprises touristiques, et à la construction où ils sont très bons ». Il est par conséquent juste de dire que la Grèce est aujourd'hui assurément le symbole de l'ambition et du désir de Pékin, après l'Afrique et le monde arabe, d'étendre son influence sur l'Europe du sud et peut être demain sur l'Europe tout court.

La position hautement stratégique de la Grèce peut servir le dessin de domination de Pékin par une politique de pénétration et d'occupation des espaces partout où c'est possible. Dans le cas d'Athènes, l'émergence de la Chine est d'autant plus aisée que Pékin semble avoir pris la mesure des difficultés économiques et financières quasi-insurmontables d'une Grèce en panne. En effet Pékin parie sur une administration instable et un pays très difficilement réformable, tant les sacrifices exigés des Grecs semblent très difficiles à faire accepter par une population quasi en déroute, qui a consentie beaucoup de sacrifice et qui doit en consentir encore, après quatre années de crise et de politique d'austérité tout azimut.

Oui la Chine a compris qu'un pays en crise est forcément un pays instable et par conséquent très exposé. Cette politique de domination économique de la Chine, donne à penser que Pékin, dans sa quête de la puissance, est rentré dans ce club bien fermé, des États impérialistes, sans toutefois s’immiscer dans les affaires internes politiques des États partenaires. Chemin faisant, Pékin laisse le soin à la Russie de jouer sur le volet politique, ce qui plaît visiblement à Poutine pour qui la Grèce semble constituer un tête de pont hautement important au sein de l'union européenne. Ce sera en quelque sorte la réponse de Poutine aux européens coupables à ses yeux d'intervention inacceptable dans ce qu'il considère comme le pré carré russe notamment dans l'affaire ukrainienne. De par l'ouverture de la Chine et de la Russie voire les autres États du BRICS sur la Grèce, ce bloc économique en devenir est en passe de marquer un point important et à pousser un peu plus Athènes dans ses bras pour mieux concurrencer les États unis et l'Europe. Si tel est le cas, il faudra désormais à l'avenir, tenir compte aussi des intérêts sino-russes au sein de l'union européenne.

Pékin se défend de toute forme d'impérialisme ou de volonté de domination. Si l'on suit la logique chinoise, sa diplomatie à l'extérieur notamment en Grèce, s'apparente à une diplomatie d'un nouvel ordre mondial, mettant en avant la nécessite de promouvoir une approche nouvelle des relations internationales basée sur la justice et la raison dans la conduite des affaires du monde. En somme Pékin veut aider à sortir d'un monde mono polaire rendu possible par l'éclatement de l'Union soviétique et favoriser la promotion d'un  multilatéralisme effectif, enjeu majeur de ce début du 21ème siècle, quitte à y parvenir par un néo impérialisme économique, ce que rejette foncièrement Pékin.

En effet, la vocation à l’hégémonie de la Chine qui n'est pas que symbolique, est en passe de se transformer en aspiration à la domination territoriale, donc économique . Rappelons que jusqu'à la fin des années soixante dix, la diplomatie chinoise jusqu'à la teintée de coopération militante sur fond d'idéologie tiers-mondiste, est rapidement passée à une nouvelle approche diplomatique marquée par le réalisme et le pragmatisme dans ses rapports avec le monde. Cette approche s'exprime également en Grèce aujourd'hui, profitant des divisions des européens et de la vulnérabilité de la Grèce en proie à de grands défis économiques et financiers..

En conclusion, la question n'est plus aujourd'hui de savoir si réellement la Chine parviendra à diviser encore un peu plus les européens, mais de savoir que faire pour ne pas laisser Pékin jouer à sa guise des divergences européennes ?. L'UE n'en prends pas le chemin, je pense au contraire qu'il se pourrait même ( si ce n'est déjà le cas) que non seulement les européens ne feraient rien qui pourrait corriger cette intrusion de la Chine en Europe, mais qu'ils pourraient même se concurrencer entre eux pour s'attirer les investissements colossaux de Pékin, dont les économies européennes en crise auraient cruellement besoin.

Tentaculaire et opaque, la Chine n'a pas finit de susciter les interrogations et la peur dans le monde, le cas de la Grèce n'est guère une exception. Forte à l'intérieur grâce à un système implacable de contrôle interne, empêchant toute possibilité d'évolution vers un système politique « normal », ce qui lui laisse une grande marge pour prévenir les débordements et les conflits sociaux,. A l'extérieur Pékin travaille sans relâche et avec abnégation à construire son statut de grande puissance en devenir, tout en se gardant toutefois de rentrer en conflit direct avec les États-Unis et l'Europe, du moins pour le moment.

Mohamed Troudi, politologue, docteur en droit, enseignant chercheur, associé à l'Académie de Géopolitique de Paris et au Centre d'Analyse de la Politique Etrangère, Paris.

Notes

(1) La compagnie COSCO ( China Océan Shipping Company), est le premier armateur chinois , crée en 1961, c'est une compagnie publique, propriété de l’État chinois, elle a son siège à Pékin. C'est un groupe très solide puisqu'il se situe au sixième rang mondial en terme de conteneurs transportée. Cette compagnie a diversifiée ses activités, elle possède aujourd'hui certaines filiales de puissance mondiale, comme par exemple dans la logistique, la construction ou encore la réparation navale, sans compter la construction de conteneurs et la manutention portuaire. On estime la puissance de la compagnie COSCO à plus de 500 navires, au moins sept de ses filiales sont cotées en Bourse, notamment à Singapour, Shanghai ou encore à Hong Kong

(2) Taiped Fonds en charge de la vente des biens publics dans le cadre du large plan de privatisation exigé par les bailleurs de fonds de la Grèce, contre un programme d'assistance financière de l'UE.

(3) Areti Skafidaki-Stamatopoulou, Conseiller pour les affaires économiques et commerciales au Ministère des affaires étrangères de la République hellénique, ancienne ambassadrice de la Grèce à Pékin.


           

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