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Il y a un an, on bradait la France au Qatar, et maintenant ?


10 Août 2014

L’un des rares journaux français à dénoncer l’entrisme financier, économique, industriel, artistique, culturel, social, sportif, médiatique et politique du Qatar, Le Nouvel Observateur publiait il y a une année cet article, sous le titre originel de « Qatar : S’ils pouvaient, ils achèteraient la Tour Eiffel ». Aujourd’hui que l’émirat bédouin et esclavagiste, principal financier de l’islamo-terrorisme en Syrie, en Irak, en Libye et en Afrique, se fait tout petit, et que ses serviteurs dans la classe politique française se font discrets, nous republions cet article pour ne jamais oublier. Ne jamais oublier les serviteurs du Qatar, ni "le" rare "homme" politique français à avoir fait preuve de courage et de patriotisme, Marine le Pen.


L'ex-président de la République française avec l'ex-dictateur de l'oligarchie mafieuse.
L'ex-président de la République française avec l'ex-dictateur de l'oligarchie mafieuse.
Dans l'antichambre du juge suprême, l'attente est longue, pas franchement conviviale. Une grappe de barbus en dishdasha - l'élégante tunique des Bédouins - devisent à voix basse. Pas un regard, ni pour l'employé indien chargé d'étancher leur soif, ni pour la femme venue, non voilée, interviewer leur patron. Le docteur Ali ben Fetais al-Marri, procureur général du Qatar, quatrième personnage le plus puissant de l'Etat.

Il s'avance dans son bureau vaste comme une salle de bal, cuir et tentures crème et baies vitrées plongeant sur les gratte-ciel de West Bay sortis du désert. Prunelle de Sioux, sourire enjôleur, il prend place sous la photo de l'émir et commande du thé au thym. Au Qatar, il faut tout son temps pour parler de la France. Clermont-Ferrand, Besançon, Saint-Malo, Avignon, Paris, le procureur la connaît par coeur pour y avoir étudié douze ans, jusqu'au doctorat de droit. Il aime tout en elle : "Napoléon, de Gaulle, le Louvre, les fromages..." Il en a rapporté nombre d'ouvrages anciens qui trônent dans sa bibliothèque, à côté d'une kalachnikov en or offerte par Saddam Hussein.

Les amis Juppé, Villepin et Sarkozy

Il s'y est aussi fait beaucoup d'amis, des plus modestes qui, à 20 ans, ignorant tout de son pays, l'appelaient "le Cathare", aux plus célèbres, comme Juppé, Villepin ou Sarkozy qui, en 2008, l'a nommé chevalier de la Légion d'honneur. Son Excellence sait tout : comment les Guignols de Canal+ caricaturent son pays, comment la presse hexagonale l'a soupçonné - "à tort", s'amuse-t-il - d'être le père de Zohra Dati, et comment elle s'émeut ces temps-ci de ce poète qatari emprisonné à vie pour avoir produit quelques écrits appelant à renverser la famille régnante, les Al-Thani. Le docteur Al-Marri veut bien répondre à tout mais demande s'il peut, à son tour, poser une question : « Pourquoi les Français sont-ils comme ça, si méfiants ? Pourquoi avoir peur des gens qui veulent investir chez vous ? »

Les dirigeants qataris n'ignorent rien de la vague de défiance qu'ils suscitent en France. L'argent, l'islam, tout ce qu'ils symbolisent alimentent la machine à angoisses. Dans les cercles intellectuels, économiques, diplomatiques... on s'interroge sur les intentions de cet Etat, guère plus grand que la Corse et peuplé d'à peine 250.000 nationaux wahhabites, qui conquiert de belles enseignes - le PSG, le Royal Monceau, le Martinez (et bientôt peut-être le Crillon) -, mais aussi des fleurons de l'économie : Lagardère (12%), EADS (6%), Total (4%), Vinci (5%), Veolia Environnement (5%), Vivendi... Sans parler de ses projets, contrariés in extremis, de s'immiscer dans Areva et dans les banlieues françaises. Et de son entrée dans l'Organisation internationale de la Francophonie. La presse s'inquiète ; un député UMP, Lionnel Luca, a demandé en vain l'ouverture d'une enquête parlementaire sur le Qatar.

Les infirmières bulgares, le PSG, la grippe A…

Tout ce "bruit politico-médiatique" n'assombrit pas le beau sourire de son ambassadeur en France. "Encore une exception culturelle française, soupire Mohamed al-Kouwari, en sirotant sa tasse de thé. Ni le Royaume-Uni, qui a cédé des pans de son économie aux Qataris (Harrods, 15% du London Stock Exchange, Salisbury, le village olympique...), ni l'Allemagne (où l'émirat a investi dans Volkswagen, Porsche, le géant du BTP Hochtief) ne font de telles manières. Qu'ils geignent, les Français, en oubliant que le Qatar a beaucoup payé pour eux, des infirmières bulgares à la guerre en Libye, du PSG dont personne ne voulait aux vaccins invendus de la grippe A. Qu'ils fassent leurs fiers !

En attendant, le monde entier - et nombre de leurs compatriotes - se presse à Doha pour tenter de décrocher les chantiers pharaoniques lancés par la famille Al-Thani en prévision de la Coupe du Monde de football 2022, discuter du sort de la Palestine ou de la Syrie, assister aux conférences sur l'éducation, l'environnement, la corruption, le dopage, la démocratie... Et tant pis si les leçons professées valent surtout pour les autres.

Ban Ki-Moon, David Guetta, Tariq Ramadan...

Ici, tout est possible. On peut croiser Ban Ki-moon et Moussa Koussa, l'ex-ministre des Affaires étrangères de Khadafi, sulfureux protégé - parmi d'autres - de l'émirat ; David Guetta, qui mixe souvent dans les palaces, et Tariq Ramadan, qui enseigne à la Qatar Foundation ; la fille de Ben Ali et la veuve de Saddam Hussein, toutes deux exilées dans de belles villas. Avant Noël, c'était Nicolas Sarkozy qui paradait au forum Doha Goals, à côté de son ancien rival Richard Attias et de son ex-épouse Cécilia. Et, sur la terrasse du Ritz Carlton, Dominique de Villepin, désormais conseil du fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), profitait encore de la tiédeur de Doha.

En janvier dernier, pour sa première visite dans le Golfe, François Hollande s'est rendu à Abu Dhabi, mais ne s'est pas arrêté à Doha, soucieux d'en finir avec le "tout Qatar" de son prédécesseur et de renouer des liens forts avec le frère ennemi d'Arabie saoudite. Dans l'émirat, on se fait fort de le séduire. Qui peut résister au charme et à l'argent de la tribu Al-Thani ?

Dès le 6 mai 2012, avant même l'annonce de la victoire de Hollande, le Qatar a témoigné son empressement au nouveau président français. "Ses proches ont été assaillis de coups de fil, raconte un diplomate. Les Qataris souhaitaient s'assurer de la continuité des liens." Un mois après, le 7 juin, François Hollande recevait à l'Elysée le Premier ministre Hamad ben Jassem al-Thani, dit "HB J", cousin de l'émir. Les deux hommes s'étaient discrètement rencontrés durant la campagne, grâce à Mohamed al-Kouwari, qui avait bien entendu préparé avec soin l'alternance. Neuf ans que M. l'ambassadeur tisse sa toile dans la vie politique française, à coups de déjeuners au Fouquet's, de petits cadeaux chez Hermès, de remises de prix de la "diversité", de la "culture", de la "poésie"... avec quelques chèques de 10.000 euros à la clé. Qui, à part Stéphane Hessel [mort le 27 février 2013, NDLR], les a déjà refusés ?

"Il faut mettre le regard sur ce monsieur"

Se créer des obligés, c'est la marque de fabrique des Qataris, l'une des clés de leur succès. Et, à ce jeu-là, Al-Kouwari est un as. Personne n'est jamais négligé, à droite comme à gauche. Et s'il faut convaincre Marine Le Pen, l'ambassadeur s'y attellera (il lui a envoyé une invitation pour rencontrer l'émir). Dès 2006, il est allé rendre visite à François Hollande au siège du Parti socialiste ("J'ai aussitôt dit au gouvernement, se souvient le diplomate : 'Il faut mettre le regard sur ce monsieur'") sans réussir à le faire venir à Doha. Mais tous ses camarades socialistes, eux, ont fait le voyage, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Najat Vallaud-Belkacem, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Laurent Fabius... L'un des intimes du président, Me Jean-Pierre Mignard, a même accepté, en 2010, d'être l'avocat de l'ambassade "sur les questions culturelles".

Ainsi, le Qatar compte presque autant d'amis en hollandie qu'il n'en avait en sarkozie. Et il n'a jamais eu autant de projets pour la France. Outre les 150 millions d'euros attribués au fonds PME, 10 milliards d'euros d'investissements sont annoncés dans des groupes tricolores, sans compter des subventions pour des associations à but social, une Maison du Qatar à Paris (que l'émirat confierait bien à ... Ségolène Royal), une version d'Al-Jazeera dans la langue de Molière, et pourquoi pas des écoles françaises, dans le Golfe et en Afrique, sur le modèle du lycée Voltaire de Doha.

"La France, c'est l'amour et les investissements"

"La France, pour nous, c'est l'amour et les investissements", jubile M. l'ambassadeur. C'est aussi une liaison de quarante ans, lorsque, en 1971, à peine libéré du joug britannique, l'émirat coincé entre deux géants hostiles, l'Iran et l'Arabie saoudite, décide de se tourner vers Paris. Une aubaine pour la France qui, dans cette région du monde, n'a guère d'influence. La coopération militaire ne cessera de se renforcer.

A cette époque, en 1976, un professeur de lettres, Pierre Larrieu, est contacté par l'attaché culturel de l'ambassade de France à Doha, pour "introduire le français au Qatar". La ville ne compte alors qu'un hôtel, des maisons de pêcheurs et à peine quelques centaines d'étrangers attirés par les champs de pétrole. La découverte récente du plus grand gisement gazier du monde, North Field, sous les eaux du golfe Persique, n'est encore qu'une promesse de richesse. Pierre Larrieu est présenté au fils de l'émir, un chaleureux gaillard de 25 ans, alors engagé dans l'armée. Hamad ben Khalifa al-Thani veut apprendre le français.

"Il est tombé amoureux de cette langue qui chante", se souvient le professeur. Le prince est francophile, et son coup d'Etat en 1995, contre son père, renforcera encore ses sentiments. Jacques Chirac reconnaît sans sourciller le nouvel émir, et une compagnie française, Total, l'aide à réussir le pari fou qu'il mène pour extraire et exporter l'or bleu de North Field.

L'été dans les Ardennes

Les Al-Thani, cette tribu méprisée du Golfe, retrouve enfin son honneur. Plus personne n'osera demander à Hamad si son pays existe sur la carte. "L'émir m'a encore récemment parlé du rôle que nous avions joué dans la prospérité de son pays, confie Stéphane Michel, directeur général de Total dans l'émirat. Les Qataris sont des gens incroyablement fidèles quand on ne leur fait pas défaut."

Les liens avec la France se renforcent, ce qui n'empêche pas l'émirat de s'allier avec les Etats-Unis en accueillant, en 2002, la plus grande base militaire américaine en plein désert. Pierre Larrieu continue d'apprendre le français à l'émir, à sa seconde et seule épouse publique, la cheikha Moza, à son Premier ministre, à ses généraux et à une bonne partie de ses vingt-quatre enfants.

L'été, les héritiers sont envoyés dans les Ardennes, chez des professeurs de sport belges exilés au Qatar, avec qui Hamad, jeune, jouait au tennis et qu'il a chargé du "développement de la gymnastique dans l'émirat". Pierre Larrieu peaufine aussi son enseignement lors des virées des Al-Thani à Paris et de leurs voyages en jet privé entre Rome, Miami et Tahiti. Certains sont doués, en particulier le prince héritier, Tamim, qui dévoilera son excellent français, lors du discours de candidature du Qatar à la Coupe du Monde de football.

Parler français, c'est chic

Parler français, c'est chic, comme de s'habiller en Chanel ou en Dior. C'est aussi un choix politique. "Lorsque l'émir décide, en 2003, d'envoyer son fils Joaan à Saint-Cyr[alors que ses aînés ont été formés à l'Académie royale militaire de Sandhurst, au RoyaumeUni], c'est un signe fort, un moyen de renforcer nos accords militaires", se rappelle Michelle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense. Dans les brumes de Coëtquidan, les premiers temps sont rudes. Le prince ne pense qu'à retrouver son désert, grimper les dunes en 4x4, chasser avec les faucons ou rejoindre, d'un coup de Falcon, les clubs londoniens.

Mathieu Guidère, islamologue réputé, est alors chargé par le ministère de la Défense de "lui faire aimer la France" : "C'est un tournant, explique le professeur agrégé d'arabe. Jusqu'en 2003, les Qataris, très tournés vers la Grande-Bretagne, ne connaissaient pas grand-chose de l'Hexagone." Joaan n'entend rien à l'histoire de France, mais comme il "s'identifie bien à la période monarchique" son tuteur l'emmène à Versailles et sur les traces des batailles napoléoniennes.

Personne ne sait qui il est : la discrétion est dans l'ADN de ces richissimes Bédouins qui craignent, à chaque instant, pour leur sécurité. Au volant de sa Mercedes McLaren à 1 million de dollars, le jeune Al-Thani découvre aussi les palaces et les restaurants étoilés. Il y reviendra avec le prince héritier Tamim, et sa soeur, la cheikha Al-Mayassa, qui, à son tour, étudiera en France, à Sciences-Po, avant de faire son stage à Canal J, chez Lagardère. Jean-Luc, ami fidèle de l'émir, n'est malheureusement plus là. Mais la princesse a table ouverte chez Marie-Laure et Dominique de Villepin, le héros des Al-Thani depuis son discours sur la guerre en Irak.

Porsche et chameaux

A cette époque, la famille royale achète plusieurs hôtels particuliers dans la capitale, dont l'hôtel d'Evreux, place Vendôme, pour 230 millions d'euros, un château en Loire-Atlantique, quelques somptueuses propriétés à Mouans-Sartoux, près de Grasse... QIA, qui a pour mission de préparer l'après-gaz en injectant ses fonds dans le monde entier, est installé dans l'hôtel de Coislin, place de la Concorde. Là, dans ce bijou du XVIIe siècle, sécurisé comme un coffre-fort, l'émir qui aime tant les déjeuners dans les brasseries parisiennes s'est réservé une pièce pour faire sa sieste.

Le 14 juillet 2007, tandis que son fils Joaan défile sur les Champs-Elysées, il glisse à Sarkozy : "Vous savez, notre fête nationale à nous sera bientôt aussi belle." Inspiré par les cérémonies tricolores, décidé lui aussi à renforcer le patriotisme dans son petit pays en proie aux divisions tribales, le cheikh Hamad demande que l'on écrive pour son pays un hymne plus long et plus chantant. Désormais, le 18 décembre, jour de la fête nationale qatarie, les militaires aussi paradent sous des pluies de drapeaux... au milieu des Porsche et des chameaux.

"Le Qatar est sincèrement fasciné par la France, il n'existe aucun équivalent dans le Golfe, insiste la politologue spécialiste de la péninsule Arabique, Fatiha Dazi-Héni. Ils veulent être comme nous, ils tentent de s'acheter une histoire, une culture, un passé." Dans ce pays capable de reconstituer un souk en prenant le soin de faire pendre de faux fils électriques pour lui donner un semblant d'authenticité, la french touch est le must absolu.

La Maison du Caviar, Lenôtre, Ladurée, Cartier…

La Maison du Caviar, Lenôtre, Ladurée, Cartier, les Qataris désormais ont tout. Et même un Cézanne, "les Joueurs de cartes", acheté 191 millions d'euros. Jean Nouvel construit leur Musée national, Guy Savoy a ouvert un restaurant sur le complexe dont ils sont si fiers, The Pearl ; Laurent Platini, fils de Michel, s'occupe de leurs investissements sportifs, Charles Biétry, l'ancien de Canal+, directeur d'Al-Jazeera Sport France, Djamel Bouras, le judoka, de leur jeunesse - en tant que conseiller du prince héritier -, et un ancien de LVMH, Grégory Couillard, se charge de leur bâtir un empire du luxe. Il dirige aussi Le Tanneur, racheté par la cheikha Moza qui avait, lors d'un thé avec Carla Bruni, apprécié un sac de la marque et écouté l'histoire centenaire de cette entreprise de maroquinerie menacée par la crise.

"Les Al-Thani se prennent pour les rois du monde, observe un diplomate. S'ils pouvaient, ils achèteraient le Louvre, la tour Eiffel, la Bibliothèque nationale..." Lors de son séjour à l'hôtel Meurice, au printemps dernier, la cheikha Moza ne s'est pas contentée d'aller rendre visite à son coiffeur préféré, Christophe Robin, elle a aussi participé à une longue réunion, à SciencesPo. Sa dernière lubie ? Installer, dans l'émirat, une école de droit à la française. C'est la Sorbonne qui devrait finalement remporter la mise. A condition que la faculté s'accroche.

Les nouveaux "rois du monde"

Car les Qataris, jadis peu regardants sur les dépenses, sont devenus durs en affaires. "Ils sont très pro. Ils cherchent l'excellence et la rentabilité", décrypte le directeur de HEC, Bernard Ramanantsoa. Lui seul a réussi à s'implanter à Doha, alors que les autres projets de partenariats avec l'Insead, Saint- Cyr, l'Institut Pasteur n'ont pas abouti. HEC forme chaque année une trentaine d'élèves en master, dont la moitié de Qataris. Une goutte d'eau tricolore au milieu de l'océan de facs américaines qui ont ouvert à Education City, l'immense campus voulu par la cheikha Moza.

Elle et son mari n'ont qu'une obsession : construire au plus vite une élite qatarie. Car ces nouveaux "rois du monde", comme les appelle, avec un brin d'ironie, un ancien diplomate en poste à Doha, sont pour l'instant dépendants des étrangers, consultants, juristes ou ingénieurs qui, aux côtés des hordes d'ouvriers venus d'Asie, représentent 80% de leur population. Inacceptable pour un pays qui prétend désormais discuter d'égal à égal avec les grandes nations. La "qatarisation" décrétée par l'émir, qui vise à imposer des quotas de nationaux dans les secteurs public et privé en obligeant notamment les entreprises étrangères à les former, prendra du temps.

Les jeunes Qataris, choyés au berceau par leur famille et par l'Etat qui leur offre des dizaines de subventions (à l'occasion de leur naissance, de leurs études ou de leur mariage...), ne sont pas des foudres de guerre. Et malgré tous les efforts des Al-Thani pour les mettre au sport, les éloigner de la junk food et des écrans plats, qu'ils consomment même quand ils partent le week-end, dans le désert, sous leurs tentes climatisées, beaucoup sont diabétiques et obèses. Ils souffrent aussi de nombreux handicaps, dans un pays où plus de 50% des mariages sont consanguins. Un fichier génétique national est en train d'être constitué, pour tenter de limiter les dégâts.

"Vous êtes un pays d'arriérés"

"Vous êtes un pays d'arriérés, a dit la cheikha, un jour de 2010, à un politique français. Vous ne savez pas vous ouvrir au monde." Le Qatar est-il, lui-même, si tolérant ? Ici, un ouvrier pakistanais n'est qu'un sous-homme. Et un expatrié, soumis à un sponsor qatari qui détient au minimum 51% du business, peut être expulsé du jour au lendemain. Pour un excès de vitesse sur la corniche de Doha, un mot déplacé envers un important, un sujet de recherche délicat. Il y a deux ans, une sociologue française qui s'intéressait aux bidouns, ces apatrides du Golfe exclus de la société qatarie, a été expulsée manu militari.

Les Al-Thani clament : "We are ready for democracy", mais les élections législatives, promises de longue date, n'ont toujours pas eu lieu, la liberté de la presse est une fiction. Au royaume de la cheikha Moza, triomphante épouse d'un mari polygame, les femmes portent sous leur abaya des lingeries fines mais doivent regarder "Titanic" expurgé, par la censure, des baisers de Leonardo. Les chrétiens peuvent aller prier à l'extérieur de Doha, dans l'église spécialement bâtie pour eux, mais les sapins de Noël sont déconseillés dans les lieux publics.

"Dehors les étrangers", clament régulièrement les imams. Dans les majlis, ces conseils où l'on discute entre hommes, l'"activisme" et l'"occidentalisme" d'Hamad et de la cheikha sont régulièrement critiqués. La Coupe du Monde de 2022 fait déjà peur. L'alcool, les prostitués, les dérapages... Doha perdra -t-il son âme ? "Nous ne voulons pas devenir comme Dubaï ", disent nombre de jeunes Qataris. La modernité oui, mais sans abandonner leurs racines. Ils ont raison de s'interroger et d'être vigilants. Au Qatar comme en France, les investissements étrangers ne sont pas sans influence.

Sophie des Déserts - Le Nouvel Observateur du 7 avril 2013.
 


           

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