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La différence entre Youssef Chahed et Mohammed Ben Salmane


18 Novembre 2017

Dans sa lutte contre la corruption, le prince-héritier saoudien n’a pas fait dans la dentelle en s’attaquant aux hommes les plus puissants du royaume. A la différence du dauphin supputé en Tunisie, qui s’est contenté d’amuser la galerie en épargnant les affairistes les plus véreux qui continuent de piller le pays en toute impunité.


Le 5 novembre dernier, l’Arabie Saoudite s’est réveillée sur une nouvelle rassurante pour le peuple et inquiétante pour une partie de l’oligarchie régnante : une fulgurante opération mains propres qui a commencé par l’arrestation d’une quinzaine de princes puissants, de hauts responsables sécuritaires, des hommes d’affaire à la fortune colossale et même d’ancien ministres tombés en disgrâce du jour au lendemain. On estime aujourd’hui le nombre de personnalités arrêtées à 500.

Cette purge sans précédent s’inscrit évidemment dans une guerre de succession qui sera déterminante pour l’avenir d’un royaume tiraillé entre conservatisme et modernité, entre changement et continuité. Mais cette purge a le mérite de se déployer sans faire le trie entre le « bon » et le « mauvais » corrompu, entre le corrompu utile et le corrompu à sacrifier, entre le bon grain et l’ivraie, comme disait Béji Caïd Essebsi dans son livre auto-glorificateur consacré à Habib Bourguiba.

La situation en Tunisie depuis quelques mois est tout le contraire. D’abord une comparaison qui s’impose : selon les rapports annuels de Transparency International, la corruption a été multipliée par quatre depuis le coup d’Etat du 14 janvier 2011. Pis encore, de corruption « ordinaire » sous le régime de Ben Ali, qui était en « norme » avec ce qui se passait notamment en France, grande donneuse de leçons en la matière, la corruption est passée à la norme africaine, avec un pillage massif et systématique des biens de l’Etat. Deux groupes politico-mafieux se partagent le pactole : celui que dirige le très pieux islamiste Rached Ghannouchi et celui du très bourguibiste, Béji Caïd Essebsi.

Pour calmer la colère montante d’un peuple appauvri et même affamé depuis 2011, et pour espérer encore les quelques subsides du FMI qui assurent à l’Etat la survie, le jeune dauphin Youssef Chahed a décrété, ou plutôt simulé « une guerre sans merci aux corrompus ». La cible toute désignée et lâchée par les deux grands parrains de la mafia du jasmin, Ghannouchi et Béji, est évidemment leur ex-ami et exécutant, Chafik Jarraya, un lampiste. Arrêté le 23 mai 2017 alors qu’il se croyait invulnérable eu égard aux secrets qu’il détient, l’ami de Ghannouchi, de Béji…et du vétéran d’Al-Qaïda, Abdelhakim Belhadj, attend toujours son procès devant le tribunal militaire pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

Chafik Jarraya n’est certainement pas blanc comme neige. C’est un rusé qui a su se refaire une virginité après le coup d’Etat du 14 janvier, moyennant le versement en 2012 de 5 milliards de dinars tunisiens à Rached Ghannouchi via Saïd Ferjani, de 2 milliards au futur Bey de Tunis en 2013, sans compter les 3,5 milliards distribués entre Hamma Hammami, Radhia Nasraoui et quelques autres journalistes, intellectuels, juges et sécuritaires à sa solde. Il s’est très largement refait une santé financière par la suite grâce à l’islamo-terroriste libyen Abdelhakim Belhadj, et grâce aussi à l’oligarchie islamo-mafieuse du Qatar. Le premier à avoir lâché Chafik Jarray est d’ailleurs Saad Ben Naceur Al-Hamidi, l’ambassadeur du Qatar en Tunisie, qui s’est plaint auprès de ses autorités du fait que Jarraya parle et agisse au nom du Qatar. Le second fut Abdelhakim Belhadj, bien avant la fameuse réunion de Genève ! Le troisième a été Hafedh Caïd Essebsi, sous le conseil « désintéressé » de Kamel Eltaïf. A la suite de la mise en branle de la machine politico-judiciaire, tous les biens mobiliers et immobiliers de Chafik Jarraya, c’est-à-dire tout ce qu’il a pu amasser comme fortune de 2012 à 2017, a été confisqué par l’Etat, autrement dit par l’oligarchie islamo-mafieuse de Ghannouchi et par l’oligarchie néo-beylicale des Essebsi.

Ainsi, l’opération « main propre » de Youssef Chahed n’est en réalité qu’une fumisterie morale, un enfumage politique ou une tentative de calmer la colère populaire en lui livrant un bouc-émissaire. Tous les grands bonnets de la corruption, du pillage et de l’affairisme véreux ont été épargnés. Pis encore, ils sont plus que jamais omnipuissants. Tout le contraire de ce qui se passe en Arabie Saoudite depuis près d’un mois, où un prince-héritier jeune et fougueux a décidé d’enrayer dans ses racines profondes la corruption et la prévarication.

Nabil Ben Yahmed  


           

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