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BHL dans nos murs, une visite qui sent le soufre, par Soufiane Ben Farhat


3 Novembre 2014

Réaction de l’une des plus illustres figures du journalisme tunisien, Soufiane Ben Farhat, chroniqueur à la radio CapFM et éditorialiste dans plusieurs hebdomadaires tunisiens. Pour lui « La clochardisation des institutions est telle que la Tunisie est devenue la Mecque de tous les comploteurs et zélateurs de la planète ».


Soufiane Ben Farhat, journaliste et écrivain tunisien.
Soufiane Ben Farhat, journaliste et écrivain tunisien.
L’irruption dans nos murs de l’agitateur islamo-atlantiste patenté et chantre de la nouvelle droite française, Bernard-Henri Lévy, a fait des remous. La mobilisation citoyenne a été prompte et décisive. Les autorités ont réagi et l’auraient considéré persona non grata tout en lui enjoignant de plier bagage et rentrer en France. Il était venu avant-hier en fin de soirée, sur la pointe des pieds, rasant les murs, ou presque. Mais le choc n’en fut pas moins brutal.

Arrivé via le vol de Paris, il a eu droit à un comité d’accueil hostile, et a dû être exfiltré par des portes dérobées. Dieu sait par qui. N’empêche, la société civile tunisienne s’est mobilisée. Les intellectuels et faiseurs d’opinion aussi. C’est que, chez nous, Bernard-Henri Lévy a une bien triste réputation. D’Irak au Soudan, de Syrie en Libye, via Gaza et le Liban, il est l’abonné pour ainsi dire de tous les coups tordus et autres manigances meurtrières fomentées dans le monde arabe. En même temps, il se distingue par son support inconditionnel de l’armée d’occupation israélienne et de ses expéditions meurtrières dans les territoires occupés palestiniens et libanais notamment. En 2011, il a fait bloc avec le président français Sarkozy pour occuper la Libye et renverser le régime de Kadhafi. Avec l’appui des Qataris, des Turcs, des Américains et des forces de l’Otan. On le voyait alors sur les écrans français, calfeutré dans quelque bunker ou à ciel ouvert à Benghazi, prônant le bombardement de tel ou tel quartier de Tripoli. Des bombardements qui avaient coûté la vie à des milliers de civils libyens.

Bernard-Henri Lévy a campé des postures analogues, caméras de télé à l’appui, au Pakistan, en Afghanistan, en Irak et ailleurs. En 2006, il avait soutenu la guerre israélienne au Liban et avait commis des articles dans le journal Le Monde à cet effet.

Et puis le voilà en Tunisie, étrangement, à la veille de l’élection présidentielle et moins d’une semaine après les élections législatives. La coïncidence ne serait guère fortuite. Une première pour Bernard-Henri Lévy qui s’était tenu jusqu’ici à l’écart  de la scène tunisienne, du moins apparemment.

Entretemps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la révolution. La clochardisation des institutions est telle que la Tunisie est devenue la Mecque de tous les comploteurs et zélateurs de la planète. On y entre et on en ressort comme dans un moulin. Les gouvernements de la Troïka sortante ont encouragé la venue des prédicateurs wahabites de la haine de tout poil. Les chefs de réseaux de recrutement et d’embrigadement de nos jeunes pour les organisations terroristes en Libye, Syrie et Irak ont évolué comme un poisson dans l’eau chez nous. En toute impunité. Voire moyennant des complicités en haut lieu. Des fauteurs de guerre comme le néoconservateur américain McCain ont été accueillis à bras ouverts. Sa fameuse accolade chaleureuse avec Hamadi Jebali, alors chef du gouvernement et secrétaire général du mouvement Ennahdha, est restée dans les annales.

L’ampleur de la mobilisation citoyenne contre la venue de Bernard-Henri Lévy en a étonné plus d’un. La société civile tunisienne est particulièrement dynamique et attentive aux questions de souveraineté. Aux dernières nouvelles, Bernard-Henri Lévy a été prié de plier bagage et quitter la Tunisie par le premier vol vers Paris. Le gouvernement tunisien a ouvert une enquête pour déterminer la partie qui a invité l’agitateur politique et militaire français sans en référer aux autorités. Mehdi Jomaâ, chef du gouvernement, serait même courroucé. On dit que la visite a été fomentée secrètement par des parties impliquées dans la guerre civile libyenne. Des noms de courtiers malhonnêtes tunisiens et étrangers circulent. Parmi eux, le membre du bureau politique d’un parti politique tunisien et un Libyen ayant également la nationalité américaine et négociant en armes. Les services de renseignements n’ont rien vu. Etrangement.
Le billet d’avion de Bernard-Henri Lévy a été payé depuis Tunis. Les frais de son séjour également, à l’hôtel The Residence, à Gammarth, dans la banlieue nord de Tunis, où une chambre a été réservée en son nom jusqu’à jeudi prochain.

Sa visite impromptue en Tunisie comprenait, croit-on savoir, une tournée à Bizerte, Hammamet et Sfax. D’où des interrogations sérieuses sur les réseaux tunisiens suppôts de Bernard-Henri Lévy et leurs desseins secrets. Un attentat au processus démocratique en cours sous nos cieux n’est pas à exclure. On craint aussi des accointances avec les nébuleuses terroristes agissant en Tunisie, en Libye et en Algérie, moyennant des soutiens de pays du Golfe. Une visite qui sent le soufre en somme.

Encore une fois, le laxisme de l’establishment envers tout ce qui attente à la souveraineté tunisienne déroute. Et le silence du président de la République à ce propos est pour le moins estomaquant.

Soufiane Ben Farhat, journaliste et écrivain tunisien. Article déjà publié dans le quotidien La Presse le 2 novembre 2014. 


           


1.Posté par RAQMDANI Aziz le 03/11/2014 11:00
La vigilance de la société civile tunisienne a fait avorter dans l’œuf ce qui apparaît comme une nouvelle tentative de la France néo-coloniale de redistribuer ses pions dans la région du Maghreb. B.H.L. n'était qu'un pion de cette nouvelle tentative de remettre la Tunisie sœur sur les rails néo-colonialistes de la France et de ses soutiens impérialistes. Il faut à tout prix débusquer les instigateurs de cette cinquième colonne au service de leurs maîtres et les mettre hors d'état de nuire pour préserver le déroulement du processus démocratique. L'Algérie et les algériens se tiennent à vos côtés pour empêcher toute perversion de ce processus sachant que votre succès sera le notre. Que Dieu préserve la Tunisie sœur de tous les traîtres avérés ou tapis dans l'ombre. La Tunisie vaincra.

2.Posté par taoufik djerbi le 03/11/2014 14:10
en tant que tunisien je dis que sa presence est bien hostile a la veille des elections presidentielles mais tant qu´il se trouve dans un pays democratique comme le notre pourqoui ne pas l´ecouter ensuite le critiquer et peut etre lui indiquer le chemin de retour:s´il envisage avec sa philosophie controler l´esprit tunisien .on lui prouvera tout le contraire;et croyez moi on peut surmonter toutes les epreuves :

3.Posté par ODIN le 03/11/2014 23:08
@ monsieur Ben Farhat: l'expression "islamo-atlantiste" est elle délibérée ou un lapsus ?
Faut-il corriger ?

4.Posté par Mouloudeen le 04/11/2014 13:53
Des dizaines de Tunisiens ont manifesté contre la venue de BHL en Tunisie ...... et des millions d'Algériens ont applaudi leur geste.

5.Posté par Mouloudeen le 04/11/2014 14:05
Le.........BHL, qui vient d’être détecté en Tunisie, est une ........ grave qui est apparue pour la première fois dans les pays arabes non soumis à Israël.
Sa particularité ? Ne jamais s'attaquer aux féodales monarchies arabes (pays du golf, Jordanie, Maroc)..

6.Posté par Amjed le 05/11/2014 15:48
L'accolade va rester dans les annales, oui mais qu'est-ce qu'elle démontre au fait? Et malheureusement personne n'a analysé la signification de cette accolade. A mon sens, elle traduit la continuité des tables rondes qui ont été organisées ailleurs et sous d'autres cieux en présence de ces monsieurs.

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