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BORIS BOILLON, L’ÉTOILE FILANTE DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE


13 Septembre 2013

Remarquable article paru dans le dernier numéro de Paris Match. Portrait au vitriol de celui qui a été pris la main dans le sac, à la gare du Nord, avec 350 000 euros et 40 000 dollars en cash. Le seul à trouver Boris Boillon humble et visionnaire, c'est un certain Samy Ghorbal, « essayiste » tunisien ! On ne peut que féliciter les auteurs de cet article, David le Bailly et François de Labarre, dont on peut espérer deux papiers semblables. L'un consacré à Bernard Henri-Lévy, et l'autre, à Henri Guaino !


BORIS BOILLON, L’ÉTOILE FILANTE DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE
En avril dernier, dans un café parisien. On se croirait encore en hiver et, cet après-midi-là, Boris Boillon porte un col roulé. Il a la voix enrouée, mais toujours son enthousiasme un peu enfantin, sa façon de soliloquer à grande vitesse. Après avoir rêvé de gloire à Bagdad et à Tunis, l’ambassadeur déchu s’est trouvé une nouvelle marotte : l’argent. « Il faut gagner de l’argent maintenant ! C’est le moment ou jamais. Après, on sera trop vieux pour ça ! » Son interlocuteur l’écoute, passif. Boris Boillon veut parler business. Sans prêter attention aux tables voisines. Tous peuvent donc entendre son étrange proposition. « Le deal est simple, explique-t-il. Trouve-moi des mecs importants, haut placés. Essaie de savoir ce qu’ils cherchent, puis tu me les présentes. Après, tu me laisses gérer et tu touches une commission. » Tous les secteurs l’intéressent, y compris l’armement. « Je sais y faire », ­dit-il. Soudain, comme effrayé de sa témérité, il jette un coup d’œil à la salle du café, baisse la voix. La conversation se poursuit dans un murmure.

En diplomatie comme en affaires, Boris Boillon semble manquer d’une prudence élémentaire. Ce ne sont pas les douaniers français qui diront le contraire. Le 31 juillet, l’ancien ambassadeur plénipotentiaire s’est fait attraper gare du Nord avec 350 000 euros et 40 000 dollars en cash. Il avait troqué son costard-cravate habituel pour un jean et un polo, et il n’avait sur lui aucun papier d’identité ! C’est ce qui s’appelle multiplier les risques… Il était sur le point de monter dans le Thalys qui le ramenait à son nouveau domicile, à Uccle, en Belgique. Cuisiné par les policiers, Boillon a expliqué que cet argent avait été versé par des clients irakiens et devait servir à créer une filiale de sa société de conseil, Spartago. Des explications peu convaincantes. Si, en Irak, beaucoup de paiements sont réalisés en espèces, c’est en dollars, jamais en euros. Et précisément, l’avantage d’une activité de conseil, c’est qu’elle ne nécessite aucune mise de fonds de départ.

Etrange bonhomme, ce Boris Boillon. Il y a six ans, il était l’intrépide conseiller de Nicolas Sarkozy, spécialiste du Moyen-Orient, à tu et à toi avec les journalistes, sympa et un peu vantard. A l’écouter, le Quai d’Orsay était un repaire de vieillards cacochymes, mais son président, son grand homme, allait dynamiter tout ça. « L’époque des soirées Ferrero Roche d’or, c’est terminé », disait-il souvent. On le sentait un peu revanchard, pas très bon camarade avec ses collègues de la cellule diplomatique de l’Elysée, prêt à tout bouffer. Il avait l’oreille du tout-puissant secrétaire général Claude Guéant, ce qui en agaçait plus d’un. Son parcours était intéressant, atypique. Ses parents étaient des pieds-rouges, ces profs de gauche venus s’installer en Algérie après l’indépendance. Lui-même avait grandi à Alger et parlait très bien l’arabe, comme il ne manquait jamais de le faire savoir. C’était grâce à ça que sa carrière avait décollé.

Modeste collaborateur au ­cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de ­l’Intérieur – il était la petite main de David Martinon, le conseiller diplomatique –, il avait été intégré à l’Elysée lorsque ce dernier avait été propulsé porte-parole du gouvernement. Et puis il y eut l’épisode rocambolesque des infirmières bulgares. Pour accompagner Cécilia Sarkozy, partie convaincre Kadhafi de relâcher les prisonnières, il fallait un traducteur. Boris Boillon fit très bien l’affaire. Lunettes noires, muscles saillants et cheveux ras, il fut d’abord pris pour un garde du corps de l’éphémère première dame. Peu importe. Il rencontra Kadhafi et fut conquis. Dès lors, chaque fois qu’il croisait un homme d’affaires ou un spécialiste de la région, dans un avion ou lors d’une réception, il pérorait sur ses relations avec le Guide : « Il m’adore, il m’appelle “mon fils” ! J’arrive à imiter l’accent des tribus berbères, ça le fait tellement rire ! » Devant des diplomates américains, Rolex au poignet, il se rengorgeait de son importance auprès de Sarkozy et de son « rôle décisif, mais encore secret » dans la fameuse libération des infirmières.

Oui, il avait un côté sale môme, Boris Boillon, et ça le rendait presque attachant. Ses déclarations à l’emporte-pièce : « La reconstruction de l’Irak, c’est le marché du siècle ! » avait-il clamé quand, à tout juste 40 ans, il avait été nommé ambassadeur à Bagdad, alors que le pays était dévasté par les attentats et la guerre civile. Ce besoin maladif de reconnaissance – narcissisme ou manque de confiance en lui ? – qui le conduit à poser dans un documentaire sur M6, gilet pare-balles et fusil d’assaut à la main, diplomate version « Men in Black ». Ou en slip moulant, torse glabre et bodybuildé, sur le site Copains d’avant. Ce franc-parler, ce « sarko style » qui lui fit faire une entrée calamiteuse en Tunisie, alors que sa mission visait à rétablir le courant avec une population qui en voulait à la France de sa mansuétude à l’égard de Ben Ali. « N’essayez pas de me faire tomber dans des trucs débiles ! Franchement, vous croyez que j’ai ce niveau-là ? » ­s’était-il énervé lors de sa première rencontre avec des journalistes médusés, mais qui filmaient la scène. Résultat, un gros buzz sur Internet, suivi de plusieurs jours de manif devant l’ambassade aux cris de « Boris dégage ! » ou de « Casse toi pauv’Boillon ». Oui, il faut une certaine constance pour accumuler à ce point les gaffes, les erreurs.

Dommage, car, sous ce vernis ridicule, le diplomate Boris Boillon était loin d’être un manche. « En Tunisie, il a presque réussi à rattraper le coup, il était humble et avait une vision assez juste de la situation politique. Je connais beaucoup de gens qui sont allés le voir avec des préventions et qui en sont revenus rassurés », raconte Samy Ghorbal, essayiste tunisien. Même écho de chefs d’entreprise français ayant eu à travailler avec lui en Irak. « Il a vraiment mouillé sa chemise. Il a fait le job pour que la France soit à nouveau représentée dans ce pays. » Georges Morin, qui dirige Coup de soleil, une association d’échanges culturels entre personnes originaires du Maghreb, se souvient d’un garçon intelligent, sympathique. « Je l’ai connu quand on a relancé la coopération entre les villes françaises et algériennes en 1999. Il était conseiller politique de l’ambassadeur à Alger et chargé de garder les contacts avec des milieux islamistes. Il a très bien joué son rôle. »

A Tunis, il a longtemps vécu terré à l’ambassade, meurtri par les réactions de la rue. Un jour, il s’était laissé aller à nous parler de ses coups de blues, de sa solitude – sa femme, elle aussi diplomate, et ses deux enfants vivaient en Jordanie –, du sentiment qu’il avait de payer à lui seul toutes les fautes de la France. Peu avant l’élection présidentielle, Arnaud Montebourg, en visite à Tunis, l’avait humilié devant son équipe, au beau milieu d’une réception : « Monsieur Boillon, vous savez que vous êtes un homme en sursis, avait lancé l’ancien avocat de sa voix précieuse. Vous savez que vous êtes ambassadeur aujourd’hui, mais que vous ne le serez bientôt plus. » Montebourg disait vrai. Boillon fut éjecté deux mois après l’élection de François Hollande.

Tant pis. Victime du complexe d’Icare, Boris Boillon ne sera jamais, comme il l’aurait rêvé, le Lawrence ­d’Arabie des temps modernes. Dans cette nouvelle course au fric, il semble s’être lancé avec la même frénésie que dans la carrière diplomatique. En attendant, espère-­t-il, le retour de Sarkozy en 2017. En plus de sa société de conseil, il est devenu ­cette année actionnaire à hauteur de 40 % de la Sarl UR d’architecture et urbanisme, selon les actes que Paris Match a consultés. Son associé est un architecte de 38 ans, Adil Alkenzawi, qui a aussi été le consul de France de la ville de Nasiriyah, en Irak. Nommé par… Boris Boillon. Sur le site Internet de leur entreprise, beaucoup de projets de construction dans la province de Thi Qar : un hôpital, le siège du gouvernement, un quartier résidentiel. Et un pont qui doit être achevé l’an prochain. Un marché d’une trentaine de millions de dollars, décroché en 2010 grâce à l’entregent de Boris Boillon auprès du gouverneur de la région. Boillon et Alkenzawi sont aussi associés dans une autre structure, French Group UR, créée en avril. Son objet : fournir des équipements dans les secteurs du BTP, de l’énergie ou de l’agriculture.
 
Les sacs de billets confisqués par les douaniers de la gare du Nord proviennent-ils de ces activités ? Ou bien, comme on le murmure ici et là, de ses anciennes amitiés avec le colonel Kadhafi et quelques dignitaires libyens ? A Tunis, au moment de la chute du régime, il aurait accueilli Bachir Saleh, qui était à la tête du Libya Africa Investment Portfolio, un fonds de plusieurs milliards de dollars. Saleh s’est ensuite réfugié à Paris, avec l’aide de Claude Guéant, alors ministre de ­l’Intérieur, auquel Boris Boillon est resté très lié. L’OSS 117 de la diplomatie française se révélerait alors plus retors qu’on ne l’avait cru. Sa réputation ne gagnerait pas forcément au change.Tunisie-Secret

David Le Bailly et François de Labarre, Paris Match, le 11 septembre 2013

 
 


           


1.Posté par Am Ahmad le 14/09/2013 02:48
Le très francisé Sami Ghorbal est devenu une référence ? Aya behi , pauvre Tunisie !!

La racaille islamiste a aussi des mecs qui s'occupent de ramener des fonds comme manar skandrani , l'ancien boucher à Rio qui fait chanter les hommes d'affaires qui veulent échapper à la justice . Il a encore un bureau au cabinet du ministre des AE malgré le départ du plouc bouchleka .

2.Posté par Khaled le 17/09/2013 07:36
Samy Ghorbal est un franco-sfaxien qui se cherche un avenir. Si Boillon est ambassadeur de france, c'est normal que ghorbal soit un "essayiste" de tunisie. C'est l'époque du nivelement par le bas.

3.Posté par Léon le 09/10/2013 23:34
Ahhh, ces deux là! Le tout du cru de la France!

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