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Exclusif : la preuve que Salah Ben Youssef n’était pas un saint et Bourguiba un monstre


31 Mars 2014

Invité à donner une conférence au siège de Nidaa Tounes à Paris, sur « Qu’est-ce que le bourguibisme ? », samedi 29 mars 2014, j’ai notamment évoqué les véritables causes du conflit entre Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, en révélant pour la première fois un document historique, inconnu des historiens et à plus forte raison de certains nouveaux intellectuels qui ne prennent pas trop au sérieux la méthodologie en matière d’histoire. La recherche scientifique, ce n’est pas deux, trois petits clics sur internet, un copier-coller et le tour est joué. C’est un travail de longue haleine qui nécessite la recherche des documents là où ils se trouvent : dans les bibliothèques nationales et les centres d’archives. L’article qui va suivre est une version étayée des propos que j’ai tenus lors de cette conférence.


Exclusif : la preuve que Salah Ben Youssef n’était pas un saint et Bourguiba un monstre
On se souvient tous des premiers mois qui ont suivis la « révolution » bouazizienne. Dans l’hystérie collective, les néo-bolcheviques et les hyper-islamistes appelaient au jugement et à l’exécution, pas seulement des bénalistes mais aussi des bourguibistes, ou du moins ce qu’il en restait. Nous voulons  le procès de la « dictature », de 1956 à 2011, braillaient les islamo-gauchistes ; Bourguiba et Ben Ali sont des tyrans sanguinaires, enchainait la horde ; l’indépendance fut une imposture renchérissaient les mercenaires du Qatar et la soldatesque de l’Empire, que le nouveau proconsul américain venait d’introniser nouvelle « élite » politique, comme naguère en Irak, Ahmed Chalabi, Jalel Talabani, Iyad Allawi  et Ibrahim al-Jaafari, sous l’autorité du proconsul Paul Bremer !
 
C’était en réaction à cette hystérie collective et à cet effondrement de la conscience nationale que j’avais décidé de lancer, dès février 2011 et à partir de Paris, le Mouvement néo-bourguibiste (MNB). Par cette ultime tentative d’éviter à la Tunisie le pire, l’objectif était beaucoup plus psychologique que politique : créer un choc national en thérapie au traumatisme que les Tunisien venaient de subir, réveiller la Nation pour que se taise la populace, stimuler la Raison pour calmer la ferveur passionnelle, convoquer l’Histoire pour conjurer les méfaits d’une mémoire amnésique.

Considérée dans son immédiateté, cette tentative a été un échec. Mais pas dans ses effets à moyens termes, puisque le bourguibisme est désormais à l’honneur, y compris chez ceux que Bourguiba honnissait le plus, à savoir les islamistes et les gauchistes ! Ce fut un échec parce que la mobilisation de ces deux ennemis historiques du bourguibisme a été remarquable. Mais pas autant que la gendarmisation des « bourguibistes » de la 65ème heure, ceux qui, de 1987 à 2011, n’ouvraient la bouche que chez leur dentiste ! Un certain Kaïs Laouiti, qui tient sa « légitimité » bourguibienne de son père Allala et de son mariage avec la fille de Bourguiba junior, a loué les services d’une certaine Sihem Boukhris pour casser le MNB. C’est que pour ce banquier londonien, le bourguibisme n’est pas une pensée politique qui transcende les familles, les idéologies et les générations, dont la réactivation peut sauver la Tunisie de la décadence, mais un héritage qu’il faut savoir fructifier !

Même si le bourguibisme a retrouvé son énergie mobilisatrice, c’est depuis l’hystérie collective de 2011 que le youssefisme a été sacralisé, sanctifié, idéalisé par ces héritiers sans héritages que sont les islamistes. Lorsqu’on n’a pas de racines idéologiques proprement nationales, il faut bien s’accrocher à un rameau, fut-il destourien. Car, qu’on le veuille ou non, Salah Ben Youssef est d’abord une émanation du tronc commun destourien dès les origines, c’est-à-dire dès le congrès fondateur de Ksar Hellal, le 2 mars 1934. Comme ils sont orphelins de racines nationales, les islamistes ont trouvé dans le youssefisme un point d’ancrage et un levier de ralliement. Parti exogène par excellence, Ennahda a ses racines idéologiques ailleurs qu’en Tunisie : chez les Frères musulmans en Egypte. Plus exactement chez Ibn Taymiyya, Al-Mawdudi l’indo-pakistanais, Hassan al-Banna, Saïd Qutb et Youssef Qaradaoui, le mufti de l’OTAN.

Second parti à se réclamer du youssefisme, le CPR de Moncef Marzouki , qui n’est en fait qu’un appendice d’Ennahda. Ennemi mortel de Bourguiba et du bourguibisme, comme ses frères islamistes, le président intérimaire devait, lui aussi, arrimer son parti fantôme à une figure emblématique du nationalisme tunisien. Se servant d’un récit légendaire sur son géniteur biologique qui se serait exilé au Maroc pour éviter la « persécution » des youssefistes, à un moment où le conflit entres bourguibistes et youssefistes n’était pas encore armé, il s’est trouvé en la personne de Salah Ben Youssef un père spirituel pour broder sa propre légende. Il y en a même parmi ses derniers et rares zélateurs, un individu bombardé directeur de l’ITES, se réclamant lui aussi du youssefisme, qui a appelé au jugement des « criminels » ayant persécuté les youssefistes, notamment Béji Caïd Essebsi !

A tous ces héritiers sans héritage nationale, le moment est venu de confronter les faits historiques aux méfaits mythiques. De revenir sur les causes réelles du conflit entre Salah Ben Youssef et Habib Bourguiba. De dire qui voulait tuer qui. Le moment est venu pour restituer des vérités restées jusqu’à présent muettes. Le moment est venu de publier pour la première fois un document accablant sur les rapports complexes entre Salah Ben Youssef, le pourfendeur d’un Bourguiba « traitre et francophile », et la France coloniale.

Mais auparavant, ce petit rappel aux petits néo-youssefistes. En 1988, sur instruction de Ben Ali, la dépouille de Salah Ben Youssef a été rapatriée et inhumée au carré des martyrs du cimetière Al-Djellaz. Sa veuve, déjà rentrée en Tunisie le 22 décembre 1987 après plus de trente ans d’exil au Caire, a été reçue au palais de Carthage par Ben Ali, le 2 janvier 1988. Un hommage officiel et national a été, à juste titre, rendu à son mari décédé vingt sept ans auparavant dans des conditions moralement condamnables. De là à faire de Salah Ben Youssef un saint patriote et de Bourguiba un démon et un traitre, il y a un pas que les démagogues et les politicards peuvent franchir, mais pas les pédagogues et les historiens.

Comme le nom d’Ali par rapport à Mouawiya, de Che Guevara, par opposition à Castro, ou Ben Bella par rapport à Boumedienne, ou encore le général Naguib par rapport à Nasser, celui de Salah Ben Youssef, par rapport à Bourguiba, renvoie à une construction mythique. Le mythe de l’homme moralement pur et politiquement intègre, le mythe du panarabe convaincu et du musulman attaché à sa foi autant qu’à sa patrie. En somme, il serait tout ce que Bourguiba n’est pas. Pour moi, ce portrait de Salah Ben Youssef s’inspire beaucoup plus de la fiction que de la réalité, de l’homélie post-mortem que de la vérité historique. Feu Salah Ben Youssef n’était pas un être plus moral que Bourguiba, ni plus panarabe ni plus musulman que lui. On ne peut même pas considérer que c’est la question de l’autonomie interne qui est à l’origine de la rupture entre les deux figures emblématiques du mouvement indépendantiste tunisien, même si elle en a été le point nodal. A l’origine du divorce entre Bourguiba et Salah Ben Youssef, du schisme mortel entre les bourguibistes et les yousséfistes, il n’y avait qu’une âpre dispute pour le leadership, la lutte fratricide pour le pouvoir suprême.
 
Dans cette implacable logique de lutte pour le pouvoir, l’antagoniste devait faire, du moins simuler, le contraire de tout ce que l’adversaire incarnait. Si Bourguiba, en fin stratège, était pour la ratification des  conventions sur l’autonomie interne (qui seront signées par Tahar Ben Ammar et Edgar Faure le 29 mai 1955), Ben Youssef n’avait d’autre choix que de s’y opposer dès le 31 décembre 1954. Si Bourguiba adoptait la stratégie du « minimum pour avoir le maximum », Ben Youssef devait adhérer à la tactique du « tout ou rien », à la « stratégie orientale », exactement comme Allal Al-Fassi au Maroc. Si Bourguiba affichait sa préférence pour une alliance géostratégique avec l’Occident libéral, Ben Youssef devait forcément opter pour une alliance avec les « forces du bien », c’est-à-dire l’URSS et les Etats réduits à la triste condition de satellites. Si Bourguiba amorçait sa politique de sécularisation de l’Etat et de la société, Ben Youssef devait inévitablement et sans grande conviction appeler le peuple au soulèvement contre ce grand pourfendeur des valeurs « sacrées » de l’Islam. C’est d’ailleurs pour cette raison que dans le dictionnaire des idoles des islamistes tunisiens, Salah Ben Youssef figure en bonne place, quelque part entre Hassan el-Banna, Saïd Qutb et Khomeiny. Il serait le premier martyre de la cause islamiste, la première victime du « mécréant » Bourguiba. Si Bourguiba devait montrer sa singularité face au nassérisme, il ne restait à Ben Youssef que le choix d’inscrire son mouvement scissionniste dans la mouvance du panarabisme nassérien.

L’illustre historien Charles-André Julien a dressé un portrait croisé des deux leaders nationalistes en écrivant « Tous deux passèrent par l’Ecole des sciences politiques et devinrent avocats, mais le premier était issu d’une famille djerbienne très aisée, le second sortait de la petite bourgeoisie sahélienne de Monastir. Ben Youssef, plus jeune de quatre ans, manifesta comme son aîné un grand zèle militant, mais avec un dévouement moins exclusif à la cause, une ambition plus saccadée, une ligne de conduite plus personnelle. Eloquent, mais pas toujours maître de ses propos, il apportait dans la conversation une ardeur trépidante dont la tension ne laissait pas d’inquiéter. A la souplesse du bourguibisme, il opposait une intransigeance doctrinale et tactique, tout en ne négligeant pas de cheminer par des chicanes secrètes »[[1]]url:#_ftn1 .

Contrairement à une légende savamment entretenue, Ben Youssef n’était donc pas un radical indépendantiste refusant toute négociation avec la France, ni un fanatique panarabe, encore moins un islamiste avant la lettre, mais « un fin politicien qui a été longtemps un chaud partisan du dialogue avec la France, plus porté aux concessions parfois que Bourguiba lui-même »[[2]]url:#_ftn2 . Ben Youssef n’était pas un radical indépendantiste car, selon Félix Garas, il avait donné à Mongi Slim son assentiment sur le fameux discours de Carthage (31 juillet 1954, amorçant l’autonomie interne)tout en voulant être le « véritable maître des négociations ». Salah Ben Youssef aurait fait savoir « en sous-main » à Mendès France qu’il était « prêt à un arrangement » et que Bourguiba était dépassé par les événements[[3]]url:#_ftn3 .

Mais ce n’est pas cela le plus grave. Le document accablant dont je parlais plus haut est un entretien entre Salah Ben Youssef et Charles Saumagne, fonctionnaire de la Résidence française en Tunisie, historien et journaliste. Il s’agit d’un document rarissime, qui remonte à 1956 et qui n’a été publié en France qu’une seule fois, en mars 1976. Aucun historien tunisien n’a jamais évoqué ce document, pourtant mentionné par Mohamed Sayah, le gardien du temple bourguibien ! Non point par égard pour Salah Ben Youssef mais par ignorance de ce document capital.

C’est sous le titre de « Une interview inédite de Salah Ben Youssef » que la revue de Jean Paul Sartre, Les Temps Modernes, a publié pour la première et dernière fois le document en question. L’auteur, Charles Saumagne commence ainsi : « Lundi 23 janvier 1956. Long entretien avec Salah Ben Youssef, chez lui, de 18h30 à 21h. Bahri (il s’agit de Bahri Guiga), à la dernière minute, a préféré que la rencontre n’ait pas lieu chez moi… ».   
     
A son intervieweur, Charles Saumagne, Salah Ben Youssef déclare ceci : « Il est vrai que j’ai voulu dépasser le problème que les conventions n’ont pas résolu parce que le ramassis d’ambitieux bourguibiens a calculé qu’elle (sic) acquerrait ainsi la protection de la France pour leur permettre de jouir des places et de l’exploitation incontrôlée des plaisirs du pouvoir. Il est vrai que j’ai pu me rendre compte au cours de mes voyages et à l’occasion de mes contacts avec le monde extérieur que la Tunisie et l’Afrique du Nord sont en mouvement vers un état de plus complète émancipation que celui où prétendent le fixer les conventions. Mais je ne désire pas créer un état de choses qui précisément contrarie le mouvement inauguré pour la Tunisie vers l’émancipation».[[4]]url:#_ftn4 .

Et Salah Ben Youssef d’ajouter plus loin ces propos pour le moins surprenants, qui dénotent son pragmatisme et son machiavélisme, exactement comme le pragmatisme et le machiavélisme de Bourguiba : « Quant à ma mission orientale, n’exagérons rien. Vous savez bien à cet égard quelles sont mes dispositions personnelles d’esprit. Je veux, moi aussi, que le Maghreb acquière sa personnalité internationale, mais pour son compte, non pour le compte de telle ou telle puissance et à l’extérieur, fût-elle afro-asiatique ou arabo-musulmane ! et je sais que l’usage que le Maghreb doit faire de cette personnalité reconquise, c’est pour l’associer de quelque manière à délibérer, au destin de la France qui nous a faits, et que nous ne pouvons rien faire dans le monde sans elle et que nous avons l’habitude de la France. Mais pourquoi voulez-vous que par des déclarations prématurées je dénature mes chances dans une négociation éventuelle devenue inéluctable, que je me prive des atouts que j’ai acquis en Orient ? Je les garde dans mon jeu : il y aura un moment de choix où je n’aurai plus besoin d’eux, et où Tunisie, France, Maroc et Algérie seront les charnières de deux mondes, et libres et maîtres de jouer ce grand rôle…Comment la France ne se rend-elle pas compte que Bourguiba et les siens l’ont déjà trahie ! qu’ils se moquent d’elle alors que moi, elle ne peut me reprocher que de ne l’avoir jamais trompée ! »

Quant au pro-orientalisme supposé de Ben Youssef et au pro-occidentalisme supputé de Bourguiba, je laisse le lecteur de ce document apprécier ce différentialisme manichéen : « A-t-on jamais étalé plus de flagornerie et de platitude que n’a fait Bourguiba à l’adresse de l’Orient arabo-musulman dans son discours d’orientation du congrès de Sfax ?»[[5]]url:#_ftn5 .

Mohamed Sayah eu raison de commenter cette interview de Ben Youssef dans les termes suivants : «Y a-t-il contraste plus frappant entre le programme que soutenait Ben Youssef dans ses discours publics et celui qu’il plaidait dans son entretien avec Charles Saumagne ? Ce contraste est en lui-même révélateur de la duplicité du personnage autant que du mépris dans lequel il tenait à la fois ses propres compatriotes et ses alliés d’Orient. Après avoir sollicité l’appui de ces derniers et leur intervention dans une affaire qui ne devait relever que de la volonté des Tunisiens, il se livrait à un marchandage avec la France, pour ne lui demander, en fin de compte que de le préférer à Bourguiba »[[6]]url:#_ftn6 .

 Aux lecteurs et aux historiens de juger le yousséfisme à l’aune de ce document parfaitement authentique et d’apprécier celui qui a été en 1950 ministre dans le gouvernement Chenik, de l’apprécier non point selon le leitmotiv déformant et manichéen qui fait de lui l’ange que la bête (Bourguiba) a dévoré, mais selon ce qu’il fût réellement : un brillant avocat comme Bourguiba, un parfait francophone comme Bourguiba,  un musulman quiétiste comme Bourguiba, un parfait nationaliste qui a mis tout son talent et toute sa fougue au service de cette Tunisie indépendante dont il aurait tant voulu être le premier président. Reste la question, aujourd’hui encore épineuse et polémique, de son tragique assassinat à Francfort, le 12 août 1961. Elle fera l’objet de mon prochain article.

Par cette première contribution, j’ai voulu répondre aux imposteurs qui cherchent à s’approprier le youssefisme, comme il y a d’autres imposteurs qui entendent squatter le bourguibisme. S’approprier le youssefisme, non guère pour établir la réconciliation nationale qui est vitale et impérative aujourd’hui, mais pour instaurer de faux clivages idéologiques et, plus grave encore, semer la discorde entre les Tunisiens. Par-delà le devoir de s’opposer aux tentatives de zizanie du guide suprême des Frères musulmans locaux, et de déjouer la stratégie de discorde du satrape de Carthage, il faut désormais laisser reposer en paix Bourguiba et Ben Youssef, dont la vie autant que la mort ont été un don sacrificiel à la Tunisie et une leçon de patriotisme pour les futures générations.  
 
Frères de combat devenus ennemis politiques, Salah Ben Youssef et Habib Bourguiba ont tous les deux contribué de façon décisive à l’indépendance de la Tunisie. Comme Tahar Sfar, Mahmoud Materi, Bahri Guiga, Béhi Ladgham…, ils appartiennent tous les deux à l’école destourienne issue d’Ali Bach Hamba, Abdellaziz Thaâlbi, Béchir Sfar et Abdeljelil Zaouche. Tous ces hommes et bien d’autres encore, ont porté haut et fort l’étendard du nationalisme tunisien…un nationalisme en berne depuis que la Tunisie a été « libérée » de son indépendance un 14 janvier 2011 !

Mezri Haddad   


[[1]]url:#_ftnref1 Charles-André Julien, « Et la Tunisie devint indépendante », éd. Jeune Afrique, Paris, 1985, pp. 187-188.
[[2]]url:#_ftnref2 Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, « Bourguiba. A la conquête d’un destin, 1901-1957 », éd. GJA, Paris, 1988, p. 158.
[[3]]url:#_ftnref3 Félix Garas, « Bourguiba et la naissance d’une Nation », éd. Julliard, Paris, 1956, pp. 274-275.
[[4]]url:#_ftnref4 Charles Saumagne, « Une interview inédite de Salah Ben Youssef », in. Les Temps Modernes, mars 1976, p. 1521.
[[5]]url:#_ftnref5 Ibid, p. 1523.
[[6]]url:#_ftnref6 Mohamed Sayah, « Habib Bourguiba. Ma vie, mon œuvre. 1952-1956 », éd. Plon, Paris, 1987, p. 455. 



           


1.Posté par Sadok Limam le 01/04/2014 01:18
Cette révélation sur l'histoire de Salah Ben Youssef et la France est une bombe politique qui va changer la donne en tunisie. Il ne reste plus à Ghannouchi et Marzouki qu'à trouver un autre père.

2.Posté par Toumi le 01/04/2014 15:54
Ne s'improvise pas historien qui veut.Ne s'improvise pas analyste politique qui veut. Nida Tunis est un parti important dans le champ politique tunisien actuel..Il n'avait pas besoin des acrobaties de ceux qui le dénigraient hier et jouent les utilités aujourd'hui (une spécialité des opportunistes ) . Avec la stratégie de "L'Attrape-mouches" Nida Tunis accroît-il sa crédibilité ?

3.Posté par Jihen le 01/04/2014 18:29
Monsieur haddad juste Bravo pour cette analyse

4.Posté par Léon le 01/04/2014 23:29
Ceux qui ont lu ou écouté les témoignages directs sur la vie de Bourguiba (dont ceux de Ben Salah dans la série "Zaman Bourguiba") savent pertinemment que Ben Youssef était beaucoup plus "occidental" que Bourguiba et que ce dernier avait opté pour des mesures bien plus gênantes aux yeux du monde occidental et aux yeux d'Israël que ne l'ont été celles de "Jamel Abd Ennasser", le mentor des nationalistes arabes.
Un détail, d'apparence anodin, mais oh combien signifiant: Les réponses de Ben Youssef aux lettres de Bourguiba étaient rédigées en français alors que les envois de Bourguiba étaient en arabe avec toujours une sourate du Coran pour en clore le contenu.
Sans oublier que celui qui a exécuté Ben Youssef était son cousin Zarg Laayoune. Je n'ai nullement dans l'intention de justifier un acte aussi condamnable mais je le dis juste à titre de rappel. Aux lecteurs d'en faire l'analyse idoine.
J'ai toujours été convaincu que Bourguiba était le plus grand des Nationalistes arabes mais dans de l'efficacité et non dans de la parole verbale, vaine et improductive.
Bourguiba a fait "plier" les plus grands de ce monde par des positions les mettant dans l'embarras et mettant en évidence leur hypocrisie.
Il a été à deux pas d'isoler les états unis de tout le monde arabe après le bombardement de Hammam Echatt, les obligeant (et je dis bien "obligeant") à ne pas utiliser leur droit de veto. Cà n'était pas un cadeau comme le colportait les ignares de politique internationales (je peux en parler des heurs et en donner les arguments). C'est d'ailleurs suite à cet acte que les américains ne l'ont pas appuyé lors de la prise de pouvoir salutaire du 7 novembre. Ils avaient cru trouver en Ben Ali un allié. C'était sans compter sur l'honneur arabe du nouveau Leader tunisien.
En effet, il n'aura pas fallu attendre plus de trois années pour qu'il leur fausse chemin lors de la première guerre du golfe, position qu'ils ne lui ont jamais pardonné. Il a respecté de la sorte la tradition tunisienne, toujours diamétralement opposée aux vendus du monde arabe. "Zine AL Arab" comme l'appelait Yasser Arafat, emblème de la résistance arabe.
Ben Ali qui a respecté l'avis de son peuple (ingrat) et a été au devant des foules arabes avec son compatriote Hamadi Essid (Dieu ait son âme). Ce dernier avait fermé les clapets de tous les intellectuels de France et a été, le temps de la première guerre du Golfe, le président de tous les maghrébins de France et même d'Europe.
L'écueil à la démocratie n'était ni Ben Ali, ni les gouvernants tunisiens, mais le peuple lui-même.
La Tunisie a toujours était grande, jusqu'au 14 maudit où ses propres enfants allaient applaudir en même temps que leurs bourreaux, le violeur de leur mère Patrie. Ceux qui ont mis en jeu la souveraineté de leur pays en le plongeant dans un puits de dettes sans fond.
Ce sont ceux-là même qui se disent aujourd'hui héritiers de Ben Youssef. Pauvre Homme! S'il n'a pas eu de chance pendant sa vie, il en apparemment encore moins dans l'au-delà, puisque c'est par ceux qui se prétendent de sa cause que la Tunisie est au bord de la catastrophe.
Paix à leurs âmes et miséricorde de Dieu.
Léon.
VERSET 112 de la SOURATE des ABEILLES.

5.Posté par Nino G. Mucci le 02/04/2014 23:58
Appréciations et félicitations pour M. Haddad.

Tout d'abord je me sens de devoir remercier M. Haddad pour son extraordinaire dépistage, avec l'honnêteté intellectuelle qui est l'empreinte de ses publications et discours. Je me suis occupé un petit peu de la question abordée ici, pour des études personnelles conduites dans le but d'arriver à la prochaine publication d'un livre de témoignage sur des aspects vécus personnellement dans cette tragédie "révolutionnaire" qui touche le destin de la Tunisie et les changements qu'elle implique.

Entre parenthèse, ayant souffert sous le régime de Ben Ali des injustes persécutions, je tiens aussi à faire remarquer que l'ex-Président n'étant plus pleinement maître de la "machine" du régime, et cela surtout dans les dernières années, ne peut être retenu responsable en première personne de toutes ses dérives. En particulier, par rapport aux épisodes de violence et terrorisme, qui ont vu la participation de véritables tueurs en gage à la solde des services secrets qui étaient dans le coup (comme en Libye, Syrie et Ukraine), les infâmes snipers qui ont assassiné des civils appelés dans des protestations sollicitées par des activistes sur Internet et dans la gauche instrumentalisée, je me suis associé moralement aux positions de M. Haddad depuis février 2011 déjà (j'aurais un témoin dans ce sens dans un de ses collègues diplomates en retraite et ex-conseiller présidentiel auquel j'ai fait mes confiances). A plusieurs reprises, j'ai écrit sous pseudonyme dans ce site et revue Tunisie-Secret, riche de réflexions politiques, cette fois-ci, je le ferai sans anonymat.

Considérant le rapport entre Bourguiba et Ben Youssef, sous la lumière de l'Histoire et de la Raison comme M. Haddad fait d'une façon excellente, je voudrais l'appuyer ultérieurement par des notes qui sont déjà inscrites dans le brouillon de mon livre (en dernière révision, pour l'édition que j’espère d'en faire). Oui, tout à fait avec notre politicien et philosophe, je suis convaincu que les mécanismes de ce conflit furent psychologiques depuis le retour de Bourguiba du Caire, et qu'ils se muteront au cours de l'année 1955 en idéologiques, surtout avec le célèbre discours fait par Ben Youssef à la mosquée ez-Zitouna le 10 octobre, ce qui en représente la radicalisation islamiste. Les responsabilités du conflit furent -ce le moins qu'on puisse dire, sans être forcement un bourguibiste - partagées: l'origine en était la lutte pour le pouvoir. Ce que d'ailleurs relève aussi l'analyse du cinéaste et écrivain Omar Klifi, «L’assassinat de Salah Ben Youssef», Editions MGM, Tunis, 2005. Ouvrage, avec ceux que sont cités ici, à recommander. On découvrira, par exemple, que c'est sous l’aval du Secrétaire général du Néo-Destour Salah Ben Youssef, impliqué dans des affaires de corruption, que Tahar Batikh, président de cellule de Ksar Hellal, piégé à sa fois dans une affaire louche, collabora avec les autorités coloniales pour éliminer en 1948 les fellaghas de Zeramdine, dans un guet-apens sanglant à El-Guettar.

De ma part, je ne peut pas ignorer les fautes du régime de Bourguiba ou m'abstenir de critiquer certains choix idéologiques de ce célèbre leader qui a pourtant construit la Tunisie moderne et progressiste. En réalité, il faut bien mettre en évidence que la critique faite par les islamistes ou par la gauche sous leur influence, elle est faite pour des fins purement idéologiques : elle est précipitée et incrustée d'imprécisions et de vices de forme philosophiques. Il leur manque cruellement la sérénité d'une démarche scientifique, d'une méthode d'enquête sérieusement historique.

Ce n'est pas pertinent matériellement, peut-être, d'anticiper de contenus de mon ouvrage, mais je me sens humblement en devoir d'apporter quelques éléments immédiats dans ce débat si urgent, sans vouloir absolument faire de Bourguiba un mythe. Bien au contraire, je tiens à dire que chacun de deux a radicalisé l'autre dans cette phase de la lutte du nationalisme tunisien.

Ben Youssef fut lié d'une grande amitié avec le Résident Général Jean Mons, que visitait souvent à la Résidence à Tunis (siège de l'actuelle Ambassade de France). Il avait un goût prononcé pour la conversation en français, que maîtrisait parfaitement, et pour le bon vivre de la culture française. Il aimait les bons vins et la compagnie de femmes charmantes (Omar Klifi cite -et reproduit en offset- des rapports des services de renseignement français, qui indiquent son ivresse pendant les soirées de ramadan à Paris dans ces années '50). Il était pourtant un nationaliste tunisien et ce fut le conflit avec la personnalité de Bourguiba qui le muta, hélas à tort, dans un islamiste radicalisé et ennemi fanatique du "zaïm". Il l'accusait de "traîtrise" à la faveur de la France, quand lui même, et sagement dirais-je, refusait la lutte armée des premières cellules nationalistes en Algérie ! Le journaliste Mohammed Harbi, dans son livre « FLN, mirage et réalité », témoigne comment Ben Youssef en recevant une délégation d’activistes algériens dont faisait partie Ben Bella, qui lui proposaient le recours à une action commune de lutte armée, refusa net et les renvoya « en les affublant d’enfantillage ».

Donc, il faudrait s'armer de patience, de rigueur moral et surtout de sérénité mentale en s'attaquant à des questions historiques et à des personnalités si complexes, et c'est par conséquent à cela que nous pousse l'article de M. Haddad. Que les Tunisiens se fassent davantage lecteurs attentifs et surtout penseurs fins dans la meilleure tradition du Pays.

J'appelle les Tunisiens surtout à la lecture, et à la lectures des bons livres! Pour qu'il ne me n'arrive plus l'étonnant découverte, lorsque je prends en lecture des livres au centre culturelle "Sidi Yahya" à Sousse, de trouver des ouvrages de Charles André Julien (Histoire de l'Afrique du Nord, tome I) ou de Jean Ganiage (Les Origines du Protectorat Français en Tunisie) avec les pages encore "cousues" (jamais ouvertes) depuis les début des années '60 !

Nino G. Mucci

6.Posté par Nino G. Mucci le 03/04/2014 00:00
Appréciations et félicitations pour M. Haddad.

Tout d'abord je me sens de devoir remercier M. Haddad pour son extraordinaire dépistage, avec l'honnêteté intellectuelle qui est l'empreinte de ses publications et discours. Je me suis occupé un petit peu de la question abordée ici, pour des études personnelles conduites dans le but d'arriver à la prochaine publication d'un livre de témoignage sur des aspects vécus personnellement dans cette tragédie "révolutionnaire" qui touche le destin de la Tunisie et les changements qu'elle implique.

Entre parenthèse, ayant souffert sous le régime de Ben Ali des injustes persécutions, je tiens aussi à faire remarquer que l'ex-Président n'étant plus pleinement maître de la "machine" du régime, et cela surtout dans les dernières années, ne peut être retenu responsable en première personne de toutes ses dérives. En particulier, par rapport aux épisodes de violence et terrorisme, qui ont vu la participation de véritables tueurs en gage à la solde des services secrets qui étaient dans le coup (comme en Libye, Syrie et Ukraine), les infâmes snipers qui ont assassiné des civils appelés dans des protestations sollicitées par des activistes sur Internet et dans la gauche instrumentalisée, je me suis associé moralement aux positions de M. Haddad depuis février 2011 déjà (j'aurais un témoin dans ce sens dans un de ses collègues diplomates en retraite et ex-conseiller présidentiel auquel j'ai fait mes confiances). A plusieurs reprises, j'ai écrit sous pseudonyme dans ce site et revue Tunisie-Secret, riche de réflexions politiques, cette fois-ci, je le ferai sans anonymat.

Considérant le rapport entre Bourguiba et Ben Youssef, sous la lumière de l'Histoire et de la Raison comme M. Haddad fait d'une façon excellente, je voudrais l'appuyer ultérieurement par des notes qui sont déjà inscrites dans le brouillon de mon livre (en dernière révision, pour l'édition que j’espère d'en faire). Oui, tout à fait avec notre politicien et philosophe, je suis convaincu que les mécanismes de ce conflit furent psychologiques depuis le retour de Bourguiba du Caire, et qu'ils se muteront au cours de l'année 1955 en idéologiques, surtout avec le célèbre discours fait par Ben Youssef à la mosquée ez-Zitouna le 10 octobre, ce qui en représente la radicalisation islamiste. Les responsabilités du conflit furent -ce le moins qu'on puisse dire, sans être forcement un bourguibiste - partagées: l'origine en était la lutte pour le pouvoir. Ce que d'ailleurs relève aussi l'analyse du cinéaste et écrivain Omar Klifi, «L’assassinat de Salah Ben Youssef», Editions MGM, Tunis, 2005. Ouvrage, avec ceux que sont cités ici, à recommander. On découvrira, par exemple, que c'est sous l’aval du Secrétaire général du Néo-Destour Salah Ben Youssef, impliqué dans des affaires de corruption, que Tahar Batikh, président de cellule de Ksar Hellal, piégé à sa fois dans une affaire louche, collabora avec les autorités coloniales pour éliminer en 1948 les fellaghas de Zeramdine, dans un guet-apens sanglant à El-Guettar.

De ma part, je ne peut pas ignorer les fautes du régime de Bourguiba ou m'abstenir de critiquer certains choix idéologiques de ce célèbre leader qui a pourtant construit la Tunisie moderne et progressiste. En réalité, il faut bien mettre en évidence que la critique faite par les islamistes ou par la gauche sous leur influence, elle est faite pour des fins purement idéologiques : elle est précipitée et incrustée d'imprécisions et de vices de forme philosophiques. Il leur manque cruellement la sérénité d'une démarche scientifique, d'une méthode d'enquête sérieusement historique.

Ce n'est pas pertinent matériellement, peut-être, d'anticiper de contenus de mon ouvrage, mais je me sens humblement en devoir d'apporter quelques éléments immédiats dans ce débat si urgent, sans vouloir absolument faire de Bourguiba un mythe. Bien au contraire, je tiens à dire que chacun de deux a radicalisé l'autre dans cette phase de la lutte du nationalisme tunisien.

Ben Youssef fut lié d'une grande amitié avec le Résident Général Jean Mons, que visitait souvent à la Résidence à Tunis (siège de l'actuelle Ambassade de France). Il avait un goût prononcé pour la conversation en français, que maîtrisait parfaitement, et pour le bon vivre de la culture française. Il aimait les bons vins et la compagnie de femmes charmantes (Omar Klifi cite -et reproduit en offset- des rapports des services de renseignement français, qui indiquent son ivresse pendant les soirées de ramadan à Paris dans ces années '50). Il était pourtant un nationaliste tunisien et ce fut le conflit avec la personnalité de Bourguiba qui le muta, hélas à tort, dans un islamiste radicalisé et ennemi fanatique du "zaïm". Il l'accusait de "traîtrise" à la faveur de la France, quand lui même, et sagement dirais-je, refusait la lutte armée des premières cellules nationalistes en Algérie ! Le journaliste Mohammed Harbi, dans son livre « FLN, mirage et réalité », témoigne comment Ben Youssef en recevant une délégation d’activistes algériens dont faisait partie Ben Bella, qui lui proposaient le recours à une action commune de lutte armée, refusa net et les renvoya « en les affublant d’enfantillage ».

Donc, il faudrait s'armer de patience, de rigueur moral et surtout de sérénité mentale en s'attaquant à des questions historiques et à des personnalités si complexes, et c'est par conséquent à cela que nous pousse l'article de M. Haddad. Que les Tunisiens se fassent davantage lecteurs attentifs et surtout penseurs fins dans la meilleure tradition du Pays.

J'appelle les Tunisiens surtout à la lecture, et à la lectures des bons livres! Pour qu'il ne me n'arrive plus l'étonnant découverte, lorsque je prends en lecture des livres au centre culturel "Sidi Yahya" à Sousse, de trouver des ouvrages de Charles André Julien (Histoire de l'Afrique du Nord, tome I) ou de Jean Ganiage (Les Origines du Protectorat Français en Tunisie) avec les pages encore "cousues" (jamais ouvertes) depuis les début des années '60 !

Nino G. Mucci

7.Posté par akef fawzia le 24/04/2014 19:25
si el Mezri bravo pour cette brillante analyse toute en nuance...il faut abso
lument la rediffuser !!

8.Posté par KHMAIS BENSARI le 21/10/2014 08:44
إنّ المؤرّخين في غالب الأحيان يدوّنون التّاريخ من فوق منابرهم ولآ يكلّفون أنفسهم الغوص في بواطن الأحداث التي وقعت فيها حتى يأخذوها عن شهود عيان أو ممن صنعوها و الدّليل على ذلك أنّ أحداث كبرى وقعت سنة 1936 فعدّة إضرابات قام بها الطلبه الزيتونيون و كانت سببا في إقالة الطاغيه بيروطـــــــــون (BERETON ) و نتج عن ذلك سراح زعمــــــاء الدستــــور من المنفى و تغيّرت السّياسة الفرنسية ليس هنا في تونس بل في فرنسا نفسها ونشرت تلك الأحداث في بعض الصّحف التونسية في ثلاثة نشريات متواليات في22 فيفري 1936 تحت عـــ8655ـــد و في 25 فيفري 1936تحت عــ5658ــد كلّ ذلك صدر في جريدة الزّهــــــرللقراء فلم نرى أيّ مؤرّخ تونسي تعرّض لتلك الأحداث أصلا و فعلا فإنّ البعض يجهلها والبعض الأخر تجاهلها.المناضل و الزعيم الربع الأخير من معركة برقو بوابة الإستقلال الشيخ عبد القادر زروق طيب الله ثراه

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