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H.Tourabi, R.Ghannouchi, Ben Laden et Illich Ramírez Sánchez, alias Carlos


14 Mars 2016

C’est un article de nos confrères du Point, à la suite du décès du « pape noir du terrorisme », le soudanais Hassan Tourabi aux funérailles duquel Rached Ghannouchi a assisté. Nous le reproduisons tel quel, avec néanmoins les révélations supplémentaires de TS qui ont été omises par l'auteur de cet article, Ian Hamel.


Carlos, lors de son procès devant la cour d'assises de Paris.
Carlos, lors de son procès devant la cour d'assises de Paris.
Disparu à l'âge de 84 ans samedi 5 mars, Hassan al-Tourabi, dirigeant des Frères musulmans soudanais, est à l'origine du coup d'État militaire qui a porté au pouvoir en 1999 le général Omar Hassan el-Bachir (un pouvoir que ce dernier n'a jamais quitté depuis). Il inaugure aussitôt un régime de terreur où purges et exécutions se succèdent. La torture est généralisée, les opposants disparaissent dans les « ghost houses », les villas fantômes des services secrets. Auteur d'une thèse à la Sorbonne sur « les pouvoirs de crise, dans les droits anglo-saxons et français comparés », Hassan al-Tourabi se rêve alors en leader du monde musulman. En 1991, il organise à Khartoum la première Conférence populaire islamique, réunissant le Who's Who du djihad sur les bords du Nil.

Imaginez la Jama'at-i Islami pakistanaise devisant tranquillement avec le Front islamique du salut (FIS) algérien, le Djihad islamique de l'Égyptien Ayman al-Zawahiri, futur responsable d'Al-Qaïda, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais ! Car Hassan al-Tourabi entend réunir sunnites et chiites afin de « défier l'Occident tyrannique ». Autre personnalité conviée à cette Conférence populaire islamique, l'intellectuel suisse d'origine égyptienne, Tariq Ramadan, petit-fils d'Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens.

Il vend Carlos à la France

Le Soudan accueille alors tous les musulmans, sans réclamer de visa, sans se soucier de leur passé criminel. Il leur attribue de vrais faux passeports soudanais. Parmi les plus “célèbres“, Illich Ramírez Sánchez, dit « Carlos », qui vient d'être chassé de la Syrie, son dernier « employeur ». Mais aussi Abou Nidal, chef du Fatah-Conseil révolutionnaire, la plus sanguinaire des organisations palestiniennes. Et surtout Oussama Ben Laden, qui débarque en 1992 à Khartoum avec ses quatre femmes et ses 17 enfants. Il va rester au Soudan jusqu'en 1996, habitant dans une villa plutôt cossue dans le quartier de Riyadh, près de l'aéroport de la capitale. Une maison située à moins d'un kilomètre de celle d'Hassan al-Tourabi.

Les experts forgent un nouveau mot, « Islamintern », en référence au Komintern, l'internationale communiste. Et les médias baptisent Tourabi « le pape noir du terrorisme ». Il arrive toutefois à ce dernier de commettre certaines entorses dans sa poursuite du djihad international, surtout si celles-ci sont rémunératrices. Sans état d'âme, il livre ainsi en 1994 Carlos à la France. Plus tard, en 1996, Hassan al-Tourabi fait le même type de proposition aux Américains : il est prêt à leur "abandonner" Oussama Ben Laden. Mais pour une raison inexpliquée, Washington décline l'offre. Le futur fondateur d'Al-Qaïda quitte alors le Soudan pour l'Afghanistan…

« Ben Laden, gentil mais limité »

Depuis une quinzaine d'années, l'ancien « pape noir du terrorisme » était entré dans une opposition farouche au régime de Khartoum. Il alternait les séjours en prison et en résidence surveillée. Grand, mince, tout de blanc vêtu, Hassan al-Tourabi accusait le pouvoir en place « d'être totalement corrompu, non démocratique. J'ai passé une partie de ma vie en prison. Eh bien à mon âge, je préférerais encore être jeté dans une cellule plutôt que négocier avec le pouvoir soudanais actuel », nous avait-il confié il y a quelques années, dans un excellent français.

Il ne se montrait guère admiratif vis-à-vis d'Oussama Ben Laden. « Au Soudan, ce n'était pas quelqu'un de très important. La presse n'en parlait jamais. J'ai le souvenir d'un homme gentil, mais assez limité. Je reste persuadé qu'il n'a pas les compétences pour diriger une organisation comme Al-Qaïda », confiait-il au Point peu avant la mort de Ben Laden. Avec l'âge, ce diplômé de la Sorbonne en était venu à professer un islam si modéré que certains l'accusaient d'apostasie. « Les musulmanes peuvent épouser des chrétiens et des juifs, à condition bien entendu que ces chrétiens ou ces juifs soient tolérants. Par ailleurs, rien ne s'oppose à ce qu'une femme puisse devenir imam si elle en a les qualités. Je ne suis pas sectaire », nous avait-il déclaré.

Ian Hamel, Le Point du 7 mars 2016

La touche personnelle de Tunisie Secret :

Primo, Damas, qui n’était pas « son dernier employeur », n‘a jamais « chassé » Carlos. Ce dernier est parti de son plein gré croyant qu’il sera mieux protégé par les islamistes soudanais. Il ne connaissait pas assez les Frères musulmans !

Secundo, un nom assez célèbre manque à la liste d’Ian Hamel, c’est celui de Rached Ghannouchi. Ce dernier avait bel et bien participé à ce « Who's Who du djihad sur les bords du Nil ».

Tertio, jouant les entremetteuses, c’est Ennahdha et plus précisément son représentant en France, Habib Mokni, qui avait convaincu Hassan Tourabi de livrer Carlos à la demande de Charles Pasqua, qui était alors ministre de l'Intérieur. Ce n'était pas la première fois que les Frères musulmans tunisiens agissaient de la sorte. Ils ont donné leur frère Salah Karkar, et ils ont livré, le 24 juin 2012, Baghdadi Mahmoudi à ses tortionnaires libyens.  

Le 14 août 1994 à Khartoum, la Direction de la surveillance du territoire, dirigée alors par le préfet Philippe Parant, parvient à faire enlever Carlos sur ordre de Charles Pasqua alors ministre de l'Intérieur, sans mandat d'extradition et avec le soutien du gouvernement soudanais, puis à le ramener dans un avion militaire qui atterrit à l'aéroport de Villacoublay.
Il est incarcéré en France à la prison de la Santé le 15 août 1994. Sa capture a eu lieu pendant qu'il était endormi pour une chirurgie plastique qui visait à cacher son identité. Le président de la République du Venezuela Hugo Chávez avait considéré en 2009, qu'il s'agissait d'un kidnapping.
Son procès débute le 12 décembre 1997 et se termine le 24 décembre 1997. Il comparaît pour une seule affaire, le triple assassinat remontant au 27 juin 1975, les autres étant encore à l’instruction à ce moment-là. Il est reconnu coupable et condamné par la justice française à la réclusion criminelle à perpétuité.
Un nouveau procès s'ouvre le 7 novembre 2011 pour 4 attentats commis entre 1982 et 1983, pour lesquels il réfute toute implication. Il est condamné le 15 décembre 2011 à une nouvelle peine de perpétuité assortie d'une période de sûreté de 18 ans. Rejugé en appel, il est condamné à la même peine le 26 juin 2013. En 2001, Carlos s’est converti à l’islam !!!
       


           

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