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La Tunisie est aujourd'hui islamiste


24 Octobre 2012

Par Nicolas Clinchamps, maître de conférences de droit public à l’Université de Paris XIII, Dans Le quotidien Le Monde du 25/07/2012


La Tunisie est aujourd'hui islamiste
Le président Moncef Marzouki  a déclaré devant les députés français que la Tunisie n'était pas tombée dans l'escarcelle des islamistes, mais dans celle de la démocratie. Le processus de transition démocratique doit être non seulement souligné, mais, surtout, fermement soutenu en Tunisie.

          En ce sens, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartelonne, a plaidé, dans son discours d'accueil au président tunisien, pour une compatibilité entre islam et démocratie. Aujourd'hui, les signes se multiplient vers toujours plus d'islam  depuis la Révolution.

          Alors qu'Habib Bourguiba  convoquait les caméras de télévision pour ôter le voile des femmes au lendemain de l'indépendance, celles qui ne le portent pas sont désormais en passe de marginalisation. Le nikab se banalise et les boutiques de prêt-à-porter  l'exposent dans leurs vitrines. Les murs se couvrent de graffitis islamiques appelant au jihad, et menaçant de mort ceux qui insulteraient, par leurs paroles ou actes, Dieu et son prophète. Sur les plages, les Tunisiennes qui osent se baigner  en bikini se comptent sur les doigts d'une main. L'appel à la prière de l'aube (qui ne fait pas partie des 5 prières obligatoires) est lancé du haut de minarets dès 3 h 30 du matin, sans soulever  de mouvement de contestation. Aujourd'hui, des groupes salafistes multiplient les actions plus ou moins spectaculaires. Lorsqu'ils s'attaquent à l'art ou paralysent l'université de la Manouba, encore pour défendre le port du nikab, l'objectif vise à marquer  l'opinion publique nationale, mais surtout au-delà des frontières.

          De manière moins visible, mais peut-être beaucoup plus profonde, ils profitent des carences de l'Etat pour s'attaquer  à ce qui leur semble contraire à l'islam au travers d'actions très ciblées. Ainsi, après 22 heures, les taxis se font rares dans les grandes villes car les chauffeurs qui se risquent à exercer  leur métier passé cet horaire, y compris en pleine saison touristique, peuvent se voir  confisquer  leur véhicule au détour d'un barrage salafiste.

          La société tunisienne est entrée dans une période de romantisme post-révolutionnaire qui se traduit par une soif d'islam concrétisée par la victoire d'Ennahda lors de l'élection de l'Assemblée nationale constituante (ANC). L'effet est dévastateur sur le tourisme. Les chiffres officiels sont difficilement vérifiables, mais il suffit de se promener  dans les médinas pour constater  qu'elles sont, en ce mois de juillet, extrêmement calmes. Les terrasses des cafés des hôtels côtiers sont désertes. Mais les Occidentaux ne sont pas les seuls à fuir  cette destination. N'étant plus sécurisées, les routes, notamment celles en direction de la frontière algérienne, sont le théâtre de multiples braquages qui font chuter  le tourisme en provenance d'Algérie. Aucun signe n'annonce la reprise ou l'apaisement dans ce secteur, au contraire, la tension est extrême. En effet, les déclarations d'Abu Yaârab Marzouki, un conseiller  auprès de la présidence de la République, qui considère "le tourisme comme étant une forme  de prostitution" augurent d'une sombre saison (Le Temps, 19 juillet 2012).

          Interrogé sur la chaîne de télévision d'information France 24, le président Marzouki s'est dit centriste, affirmant que tous les partis tunisiens, y compris islamistes, se réclamaient aujourd'hui du Centre. De tels propos, tout comme les messages d'apaisement régulièrement lancés par Rached Ghannouchi, masquent un échiquier politique  qui reste toujours écartelé entre les deux extrêmes de l'islamisme et du nationalisme. Il est le reflet du vide idéologique laissé par 23 années de pouvoir  bénaliste. La société tunisienne, à l'image du monde arabe, reste tournée sur elle-même et rejette globalement la différence. Ses minorités chrétienne et juive ont quasiment disparu. Symbole plus grave de cette exclusion, les versions arabes de Mein Kampf  ou du Discours des Sages des protocoles de Sion sont en vente libre dans les libraires.

          Alors que la Tunisie de Ben  Ali avait statufié sans les faire  progresser  les acquis bourguibistes, celle de la troïka menée par Moncef Marzouki et Rached Ghannouchi, marque une volonté de retour en arrière. La déclaration finale du congrès d'Ennahda qui vient de s'achever  en est l'illustration, avec pour objectif, sur le plan interne, d'engager  une réforme globale de l'enseignement centré sur celui de la Zeitouna. Sur le plan externe, Ennahda ressort deux vieilles lunes : l'unité arabe et musulmane d'une part ; la criminalisation de "la normalisation avec l'entité sioniste" d'autre part. Ces événements ne semblent guère choquer  le président Marzouki. Les travaux de l'ANC semblent s'orienter  vers l'instauration d'un régime parlementaire. Au-delà de ce paravent constitutionnel, il faudra scruter à la loupe la réalité de la séparation des pouvoirs et la loi électorale – découpage électoral et mode de scrutin – pour connaître les véritables intentions démocratiques des islamistes et de leurs alliés de troïka. Nous saurons alors si la Tunisie est bien tombée dans l'escarcelle de la démocratie.
 
 
 


           

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