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La constitution tunisienne ou le miroir aux alouettes


11 Février 2014

De toutes les constitutions au monde, elle est la plus atypique et anachronique qui puisse exister. Qualifiée par certains d'auberge espagnole, et par d’autres de "ratatouille constitutionnelle", elle serait plutôt un palais des glaces ou un labyrinthe de miroirs pour faire perdre à l’opinion le sens de l'orientation et tout repère temporel et spatial.


La constitution tunisienne ou le miroir aux alouettes
Les tunisiens qui rêvent d'avoir enfin une constitution qui porte leurs empreintes et traduit dans le texte les acquis de leur "révolution", comme si ces acquis étaient réels et avaient du sens pour eux et leur révolution, peuvent se réjouir de l’article 6, aussi ambigu que pernicieux, qui dit tout et son contraire. Faute de répondre aux attentes de la société civile, un concept créé par les scénaristes yankees pour les besoins de leur scénario, la constitution est symptomatique de leur altération mentale, de leur aliénation politique et de leur absence de discernement.
 
Non seulement, elle va étouffer leurs illusions de liberté, mais elle va également leur faire regretter la laïcité factuelle qui faisait l'originalité de la société tunisienne depuis l’indépendance. En démocratie, il ne doit pas y avoir d'Etat interventionniste dans le domaine du sacré, sauf pour s'en servir comme glaive pour décapiter les libertés.
 
Et ce n'est certainement pas le flot de flatteries dont on a couvert les tunisiens, comme en janvier 2011, avec la fameuse « révolution du jasmin ». Nous sommes plus préoccupés par notre ego démesuré que par le sort tragique de notre pays. Ils fêtent tous l'excellence de leur constitution qui est un pur fantasme, une supercherie politique, juridique et intellectuelle, qui leur fera prendre conscience plus tard du piège de la théocratie.
 
Un seul exemple, pendant le mois de ramadan, est-ce que les tunisiens auront la liberté de ne pas jeûner ? A l'évidence non, puisque l'Etat protecteur du sacré leur mènera une guerre totale. S'il juge que la musique est contraire aux exigences du sacré, il ne fera que l'interdire pour ne pas se trouver lui-même en situation de violer les prescrits de l'islam prôné par Ennahdha, censé définir le champ du sacré.

A moins que cet Etat n'apostasie pas lui-même la religion qu'il est tenu de défendre constitutionnellement contre les menaces que fait peser la liberté de conscience sur elle. 
Comment un Etat qui se proclame lui-même musulman avec des prérogatives de gendarme garant de l'ordre religieux en Tunisie va t-il remplir ses obligations de neutralité et veiller à l'équilibre et l'indépendance des pouvoirs, essentiels en démocratie ? C'est comme si on prescrivait à un dépressif d'associer la prise de boisson alcoolisée et les neuroleptiques. 

De toutes les constitutions au monde, elle est la plus atypique et anachronique qui puisse exister. Qualifiée par certains d'auberge espagnole, et par d’autres de "ratatouille constitutionnelle", elle serait plutôt un palais des glaces ou un labyrinthe de miroirs pour faire perdre à l’opinion le sens de l'orientation et tout repère temporel et spatial. 

Elle brille surtout par son absence de cohérence politique et sa rationalité juridique, un mélange hybride qui marie des ingrédients de droit positif et de droit canon, la charia, résultat d'un finish désordonné et bâclé comme seuls les artisans arabes ont le secret. Plus grave encore, elle marque la perte de souveraineté nationale contrairement à la Constitution de 1959. En effet, sa rédaction en un temps record, en l'espace de 4 semaines, alors que les constituants ont piétiné et tergiversé pendant plus de 26 mois, en dit long sur la vassalisation de la Tunisie et sur sa mise sous tutelle définitive. Plutôt que d'exprimer la volonté du peuple tunisien et porter le sceau de son aval référendaire, elle est l'exemple-type de la perte de souveraineté nationale.
 
Les tunisiens sont gratifiés d'une constitution viciée et truffée d'embûches, une tromperie sur la marchandise, dont l'agenda final et ses principales lignes directrices sont imposés par les bailleurs de fonds internationaux et les puissances tierces et notamment celles qui ont mis en scène le "Printemps arabe", qui impatients et las par l'amateurisme guignolesque des petites mains de la Constituante ont fini par secouer le palmier, voire vraisemblablement à se saisir eux-mêmes du projet rédactionnel que les « représentants du peuple » n'ont fait que transcrire fidèlement.

Sa qualité rédactionnelle est d'une rare médiocrité, aussi bien en arabe qu’en français. A vouloir trop la rendre consensuelle, alors qu'une constitution est au-dessus des intérêts partisans, elle doit personnifier le peuple et lui garantir ses droits fondamentaux au-delà des clivages politiques et non obéir à des considérations partisanes, sources d'instabilité politique et d'illogisme juridique. Les petites mains de l'A.N.C. aux ordres de leurs commanditaires, se sont livrés à un exercice d'équilibrisme que même les funambules les plus chevronnés ne sauraient accomplir. Les tunisiens  pourront toujours se consoler avec un mélo mélo, un patchwork qui mélange les droits de dieu et les droits de l'homme tout en accordant la prééminence du pouvoir du premier sur celui des seconds.
 
Un alliage contre nature composé de matériaux de nature théocratique avec des matériaux de nature démocratique. La cité tunisienne qu'elle préfigure sera celle où la fidélité à Dieu sera la norme et l'exercice libre de la citoyenneté sera l'exception. Une confrontation permanente que l'Etat musulman devra arbitrer avec une balance qui penchera forcément du côté de celui dont elle doit assurer en premier lieu la pérennité. L'article 6 dessine ainsi les contours d'un Etat ouvertement partial et hostile à toutes les libertés susceptibles d'ouvrir des brèches dans la citadelle dont il est le gardien. 

Il est à douter que l'Etat tunisien atteint d'une bicéphalie aiguë ait à créer les conditions de remise en cause du pouvoir hégémonique de l'islam sur la vie des tunisiens et ouvrir par conséquent la voie royale à la démocratie qui est la véritable ennemie de la religion. Là où elle progresse, la religion recule à l'exemple des pays scandinaves et le Japon.
 
Cet article 6 qui est un article à tout venant, un miroir aux alouettes, un guet-apens constitutionnel, n'est rien d'autre en réalité que la consécration du processus light de la wahhabisation de la Tunisie.

Adieu les libertés les plus élémentaires, tel le choix des couleurs et bienvenue à la dictature absolue de la religion et sa mainmise totale et intrusive sur la vie des hommes dans toutes les étapes de la vie et les sphères de la société.
 
Salem Ben Ammar.

 
 


           


1.Posté par nazou le 11/02/2014 22:37
@Mr ben ammar
l'article 6 protège le sacré ?
Mais alors !!! de quel sacré parle-t-on ?
Ne prenez pas les inspirateurs de la constitution "tunisienne" pour des débiles !!!!!
Parce que les débiles profonds !!! c;nous les musulmans !!!! surtout ceux qui avaient acceptés de changer la constitution de 59 !!!!
Ceci dit ,je suis ravie de vous revoir,en espérant que vous restiez le plus objectif possible .

2.Posté par Khrouf le 12/02/2014 22:14
Je viens de découvrir TS,je suis surprit de voir encore des tunisiens qui réfléchissent avec autre chose que leur estomac ,c'est dommage que les gens comme vous représentent moins que la minorité ,mais bon ,ça ne va pas changer grand chose .
J'ai une question :
si la majorité est aveugle et refuse de se faire guider par la minorité ,faut il la forcer a obéir pour son bien où lui laisser le choix de couler ,et de faire couler son pays par la même occasion ?

3.Posté par Léon le 12/02/2014 23:57
Art 1: Popom
Art 2: Popom Popom
Art 3: Popom Popom Popom
Art 4: Popom Popom Popom Popom
Art 5: Popom Popom Popom Popom Popom..........

Sous forme d'un escalier qui descend vers l'abime.

Léon.








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