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Tunisie : deux années de pouvoir islamiste et un endettement colossal


16 Novembre 2013

Avec un total de 33 emprunts et de 13 milliards de dinars partis en fumée, la Tunisie est un Etat en faillite. Cet article est de l'universitaire Yassine Essid et il a été publié dans l’excellent magazine de Hédi Mechri, L’Economiste Maghrébin.


Tunisie : deux années de pouvoir islamiste et un endettement colossal
Je vendais à crédit ! Je vendais au comptant ! Encore enfant, j’ai souvent été frappé par l’hyperréalisme de cette chromolithographie, à la fois cruelle et moqueuse. C’était l’accessoire qu’on repère de suite, où,  anticipant le plaisir de s’habiller de neuf,  nous entrions ma mère et moi dans la boutique de prêt-à-porter pour acheter la tenue de la fête de  l’Aïd, l’autre sacrifice, celui des parents de famille nombreuse.
 
A droite le symbole même de la réussite en affaires, l’emblème de l’aristocratie du commerce dans ce qu’elle a de plus arrogant. Un marchand, heureux et prospère à la tête d’une entreprise cupide et prédatrice. Une tranquille créature, à l’aise dans son fauteuil, carrée dans ses espérances. La nature éminemment généreuse de son activité se reflète sur sa physionomie et son embonpoint.  Il est habillé en bourgeois,  une grosse chaîne en or  est  visible sur son gilet, le cigare entre les doigts est tenu en douceur mais fermement, une bague sertie d’une  pierre orne sa main qu’il porte à sa chemise couvrant un ventre rondelet, arborant une légère teinte de férocité de celui qui  cultive le commandement,  le défaut de scrupule, la mise en demeure et  ramasse les deux sous du pauvre, de la veuve et de l’orphelin. Derrière lui, un coffre ouvert rempli de liasses de billets rangés par paquets. C’est l’homme établi, riche au-delà de ses désirs. Tout ce bonheur, il le doit au respect de ce principe intangible, fondement même du commerce florissant: ne vendre qu’au comptant.
 
A gauche, les revers de fortune et l’incarnation même de la tourmente : un commerçant en faillite, plongé dans le désespoir de l’insolvabilité.  Un négociant ruiné, dépossédé de son travail, harcelé par ses créanciers et abandonné de tous car victimes de sa magnanimité, du respect du client, réalisant  de  petites marges sur des produits vendus en faible nombre. Maigre et pâle, s’arrachant le peu de cheveux qui lui restent, il porte un costume sale, tout usé, raccommodé et rapiécé avec des morceaux d’étoffes disparates. Sa boutique est déserte et désertée. Son coffre, où étaient conservés jadis ses biens les plus précieux, est vide et constitue désormais le refuge idéal des souris occupées à leur activités de souris : ronger ce qui reste des factures impayées. Sa ruine est uniquement imputable à sa propension à faire confiance en vendant à crédit.
 
L’œuvre de ce caricaturiste, accrochée au mur de la boutique, bien visible des clients, nous avertissait et nous décourageait à la fois de la façon la plus éloquente et la plus cynique, nous ôtons toute velléité de proposer un étalement du paiement. Elle nous signifiait, par une saisissante approche pédagogique, que faire des affaires en pratiquant le crédit n’est pas le chemin de la richesse, mais la voie vers la banqueroute ; la nôtre autant que celle du marchand. Cette condamnation ostentatoirement proclamée d’une pratique qui était pourtant notre seul salut pour s’habiller au moins une fois par an avec décence, nous laissait ainsi tiraillés entre la nécessité incontournable de vouloir acheter à crédit et notre crainte de contribuer par notre insistance obstinée au bouleversement de l’ordre social auquel nous restions  malgré tout attachés.
 
Il en va des grands pays comme des particuliers. « Crédit mort », ce principe, souvent proclamé mais systématiquement bafoué, est pourtant susceptible de détruire la confiance sur laquelle les échanges économiques entre les particuliers et aujourd’hui, plus que jamais, entre les nations,  sont fondés.
 
Trente-deux emprunts totalisant près de 13 milliards de DT depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir ! C’est le montant de la facture pour faire semblant d’administrer le pays. L’endettement de la Tunisie est devenu ainsi un sujet d’alarme pour les experts financiers et un argument choc que ne manquent pas de brandir les opposants au gouvernement, pressés de voir les islamistes quitter le pouvoir, tout en étant eux-mêmes incapables de proposer une alternative économique crédible. Mais le sujet de l’endettement nourrit aussi deux grands axes de critiques, aussi bien au sein d’une partie de l’opinion, encore imbue de mythologie tiers-mondiste, qui continue à considérer l’endettement comme une injuste impérialiste acculant le pays à consacrer une partie notable de  ses recettes d’exportations au service de la dette, que chez d’autres ténors de l’opposition qui s’accordent pour admettre que l’importance démesurée de la dette et les difficultés de son remboursement constituent un fardeau intolérable, surtout en cette étape fatidique où le pays tente de se reconstruire démocratiquement.
 
Que ces crédits soient contractés auprès des particuliers ou auprès d’institutions financières importe peu. Il s’agit toujours de sommes à rembourser, dans un laps de temps précis, en acquittant les intérêts convenus. L’origine de cet alourdissement du service de la dette est bien connue et  réside dans la privatisation croissante des sources de financement extérieur et le rôle dominant des  grandes banques privées internationales et des grands marchés financiers internationaux, avec une aggravation des conditions d’emprunt : taux d’intérêts plus élevés et délais de remboursement plus courts. Le non accomplissement des engagements souscrits expose le débiteur à des sanctions diverses. Pour la majorité des Tunisiens, empêtrés dans leur triste quotidien, la dette n’existe pas puisqu’on peut toujours frapper des billets. Quant au gouvernement, il trouve dans l’endettement une source indispensable  au financement de sa survie. La dette lui permet en effet de durer, de faire passer des lois de plus en plus scélérates, d’inventer des taxes de plus en plus illégitimes  au nom du sauvetage de la Nation, toujours sur le dos des classes laborieuses et moyennes.  Mais  la dette est vécue par les opérateurs de manière intense, car tout doucement un jour chasse l’autre, un printemps sur un hiver et un automne par-dessus un été, les  crédits se succèdent à des taux de plus en plus exorbitants, le paiement d’intérêts sur intérêts, jusqu’à la rupture avec les bailleurs de fonds, jusqu’à la ruine générale,  jusqu’à  ce que tout le pays explose.
 
Yassine Essid, pour L’Economiste Maghrébin du 11 novembre 2013

Yassine Essid est historien, professeur à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Dernier ouvrage paru en codirection avec William D. Coleman, « Deux Méditerranées. Les voies de la mondialisation et de l’autonomie », 2010. 


           


1.Posté par Shems le 27/11/2013 21:17
Yassine ESSID
l'un des gens qui peut être l'homme d' ITES


merci

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